La conscience
29/08/2012 17:12 par revelation2012
La Conscience
Quelques Définitions:
Etymologie: origine latine : conscire (avoir conscience de). "Conscire" a aussi donné conscienita (connaissance).
Définition générale : Faculté qu’a l’homme de connaître sa propre réalité et de la juger
Définition générale philosophique : Intuition plus ou moins claire ou complète qu’a l’esprit de ces états et de ces actes. Cette définition est approximative car il est difficile de réduire la conscience en éléments simples, car elle est une donnée, un élément fondamental de la pensée.
On pourrait dire que la conscience c’est ce que nous sommes de moins en moins quant nous tombons dans un sommeil sans rêve et de plus en plus lorsque l’on commence à s’éveiller.
Quelques citations:
"Connaît-toi toi-même" (Socrate V° siècle AVJ).
"Je pense donc je suis" (en latin : cogito, ergo sum). Cogito est un terme que vous rencontrerez souvent avec Descartes notamment. (Descartes 1637). Descartes établie donc une première vérité : il est.
"La conscience est un produit social" (Karl Marx 1846).
"La seule façon d’exister pour la conscience est d’avoir la conscience d’exister" (Jean Paul Sartre 1943).
Texte D'ÉPICTÈTE (v.50-v.130)
Quand on ignore qui on est, pourquoi on est né, dans quel monde et avec quels compagnons on vit, ce qu'est le bien et le mal, le beau et le laid, quand on ne connaît rien à la démonstration ni au raisonnement ni à la nature du vrai et du faux, quand incapable de les distinguer, on ne se conforme à la nature ni dans ses désirs, ni dans ses aversions, ni dans sa volonté, ni dans ses intentions, ni dans ses assentiments, ses négations ou ses doutes, on tourne de tout côté comme un sourd et un aveugle, on croit être un homme et l'on n'est personne. Depuis que la race humaine existe, toutes nos fautes, tous nos malheurs ne sont-ils pas nés d'une pareille ignorance ?
Texte de Jean Jacques Rousseau (1712-1778)
Profession de foi du vicaire savoyard
Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu, c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principe.
Grâce au ciel, nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philosophie : nous pouvons être hommes sans être savants ; dispensés de consumer notre vie à l'étude de la morale, nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines. Mais ce n'est pas assez que ce guide existe, il faut savoir le reconnaître et le suivre. S'il parle à tous les cœurs, pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l'entendent ? Eh ! c'est qu'il nous parle la langue de la nature, que tout nous a fait oublier. La conscience est timide, elle aime la retraite et la paix ; le monde et le bruit l'épouvantent : les préjuges dont on la fait naître sont ses plus cruels ennemis ; elle fuit ou se tait devant eux : leur voix bruyante étouffe la sienne et l'empêche de se faire entendre ; le fanatisme ose la contrefaire, et dicter le crime en son nom. Elle se rebute enfin à force d'être éconduite ; elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus, et, après de si longs mépris pour elle, il en coûte autant de la rappeler qu'il en coûta de la bannir.
Textes de Henri Bergson sur la Conscience
Texte donné au baccalauréat.
On ne se lasse pas de répéter que l'homme est bien peu de chose sur la terre, et la terre dans l'univers. Pourtant, même par son corps, l'homme est loin de n'occuper que la place minime qu'on lui octroie d'ordinaire, et dont se contentait Pascal lui-même quand il réduisait le corps à n'être, matériellement, qu'un roseau. Car si notre corps est la matière à laquelle notre conscience s'applique, il est coextensif à notre conscience, il comprend tout ce que nous percevons, il va jusqu'aux étoiles. Mais ce corps immense change à tout instant, et parfois radicalement, pour le plus léger déplacement d'une partie de lui-même qui en occupe le centre et qui tient dans un espace minime. Ce corps intérieur et central, relativement invariable, est toujours présent. Il n'est pas seulement présent, il est agissant : c'est par lui, et par lui seulement, que nous pouvons mouvoir d'autres parties du grand corps. Et comme l'action est ce qui compte, comme il est entendu que nous sommes là où nous agissons, on a coutume d'enfermer la conscience dans le corps minime, de négliger le corps immense... Mais la vérité est tout autre, et nous sommes réellement dans tout ce que nous percevons.
L'énergie spirituelle, Essais et conférences, chapitre I, La conscience et la vie.
Texte donné au baccalauréat.
Qu'arrive-t-il quand une de nos actions cesse d'être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s'en retire. Dans l'apprentissage d'un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu'il vient de nous, parce qu'il résulte d'une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s'enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d'autre part les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l'aurons fait ? Les variations d'intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu'il en est ainsi de la conscience en général. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c'est que conscience est synonyme de choix.
L'évolution créatrice, P.U.F., p. 264.
Radicale aussi, par conséquent, est la différence entre la conscience de l'animal, même le plus intelligent, et la conscience humaine. Car la conscience correspond exactement à la puissance de choix dont l'être vivant dispose ; elle est coextensive à la frange d'action possible qui entoure l'action réelle : conscience est synonyme d'invention et de liberté. Or, chez l'animal, l'invention n'est jamais qu'une variation sur le thème de la routine. Enfermé dans les habitudes de l'espèce, il arrive sans doute à les élargir par son initiative individuelle ; mais il n'échappe à l'automatisme que pour un instant, juste le temps de créer un automatisme nouveau : les portes de sa prison se referment aussitôt ouvertes ; en tirant sur sa chaîne il ne réussit qu'à l'allonger. Avec l'homme, la conscience brise la chaîne.
Texte d'Alain
Texte donné au baccalauréat.
L'âme c'est ce qui refuse le corps. Par exemple ce qui refuse de fuir quand le corps tremble, ce qui refuse de frapper quand le corps s'irrite, ce qui refuse de boire quand le corps a soif, ce qui refuse de prendre quand le corps désire, ce qui refuse d'abandonner quand le corps a horreur. Ces refus sont des faits de l'homme. Le total refus est la sainteté ; l'examen avant de suivre est la sagesse ; et cette force de refus c'est l'âme. Le fou n'a aucune force de refus ; il n'a plus d'âme. On dit aussi qu'il n'a plus conscience et c'est vrai. Qui cède absolument à son corps soit pour frapper, soit pour fuir, soit seulement pour parler, ne sait plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit. On ne prend conscience que par opposition de soi à soi. Exemple : Alexandre à la traversée d'un désert reçoit un casque plein d'eau ; il remercie, et le verse par terre devant toute l'arme. Magnanimité ; âme, c'est-à-dire grande âme. Il n'y a point d'âme vile ; mais seulement on manque d'âme. Ce beau mot ne désigne nullement un être, mais toujours une action.
Quelques sujets de dissertation :
Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
La conscience est-elle source d'illusion ?
Synthése:
Etre conscient, c’est en effet agir, sentir ou penser et savoir qu’on agit, qu’on sent et qu’on pense. L’homme, dans la mesure où il est conscient, n’est plus simplement dans le monde, chose parmi les choses, vivant parmi les vivants. Il est au contraire devant le monde et ce vis-à-vis lui donne la possibilité de connaître, de comprendre, de juger et de transformer (intervenir) ce monde.
Cette proximité, l’homme la aussi avec lui-même. Il a conscience de lui-même à travers ces actes, sentiments ou pensées, mais cela ne lui donne pas pour autant une entière intelligibilité de lui-même. Tous nos actes sont ils compréhensibles ? L’expérience du remord, de la souffrance révèlent les contradictions qui habitent l’homme. Ces contradictions sont autant d’obstacles à la connaissance de soi et nous éloignent d’un rassurante identité.
Cette conscience est alors une grandeur ou une misère de l’homme ? Etre conscient est le propre de l’homme elle constitue sa grandeur et sa dignité. Mais cette conscience arrache l’homme de l’innocence du monde naturel et connaît par elle sa misère.
L’homme oscille souvent entre deux attitudes.
- L’anthropomorphisme : tendance à prêter à tout être une conscient semblable à la sienne, se donnant ainsi presque magiquement une familiarité et un intimité avec le monde.
- L’anthropocentrisme : émerveillement d’être le seul témoin de ce monde et considère que l’univers converge vers lui ou même n’existe que pour lui.
Cette distance que la conscience ouvre entre soi et le monde ou entre soi et soi offre un espace à l’examen, au questionnement et au doute. La conscience avant d’être une question philosophique, est la condition qui rend possible la pensée elle-même. L’oracle de Delphes et son injonction « connais-toi toi même ! » ouvre l’espace aux questionnements sur les savoirs et les certitudes. Socrate au terme se son questionnement ne sait qu’une chose : « il ne sait rien ». Ce non-savoir est conscient et c’est une forme de sagesse.
La pensée offre une possibilité de critique sur les certitudes et ouvre la voix à un savoir véritable qu’elle ne possède pas. C’est avec Descartes que la conscience acquiert un véritable droit de cité philosophique et une signification positive, à la fois comme fondement et comme modèle de toute vérité. Descartes propose de se défaire au moins un fois dans sa vie de toutes les idées et de toutes les croyances reçues pour les soumettre à l’épreuve du doute. Il découvre alors que l’unique certitude qui résiste au doute est « Cogoto ergo sum », « je pense donc je suis ». Ainsi dès que je pense et au moment où je pense, j’ai en même temps et nécessairement conscience d’exister. Sujet et objet , pensée et être sont ici confondus. La formulation du « cogito » constitue le modèle d’une vérité.
Cette certitude qui se dégage est la plus assurée mais aussi la plus pauvre. Je sais que je suis mais par encore qui je suis. Cette certitude porte sur l’existence mais non sur l’essence du sujet pensant.
La question reste entière en ce qui concerne la nature de ce « je » qui pense. Ce passage du « je » au « moi », c’est engagé l’hypothèse de l’identité et de la permanence du sujet pensant à travers la diversité de ses représentations. Le sujet devient une substance. Descartes sépare cette substance pensante du corps. Il introduit ce dualisme entre l’âme et le corps et la question de leur union.
Pour Kant l’identité le « je » n’est que le résultat d’une activité. Elle est une fonction nécessaire de la pensée mais ne me livre pas la connaissance de moi-même comme substance. Kant conçoit l’identité plus comme un pouvoir d’identification. Ce pouvoir permet d’identifier des relations entre les objets saisis en des lieux et des temps différents. Cela permet alors de les poser (ces objets) comme identique. Ils sont saisis ensemble dans ma conscience. Cette unité originaire de la conscience de soi procure aux représentations leur cohérence. Si cela n’était pas le cas, le monde serait un chaos, nous aurions un « moi » aussi divers qu’il y a de représentations dont nous avons conscience. Le monde ou le « moi » ne sont par conséquent des objets de connaissance possible que sous la condition préalable du pouvoir de synthèse d’un sujet. La conscience de soi n’est pas et ne peut pas être la connaissance de soi.
Il semble qu’il y ait un paradoxe pour un sujet c’est cette impossibilité d’atteindre une connaissance de soi. Cette capacité de la conscience a de se retourner sur elle-même. Il faut alors distinguer la conscience immédiate ou directe, c’est celle qui accompagne les actes du sujet. Et la conscience réfléchie c’est celle dans laquelle le sujet se ressaisit lui-même comme conscience. On distingue en fait, être conscient et être conscient d’avoir conscience.
Cette nécessité pour la conscience d’exister comme conscience d’autre chose qu’elle-même donne tout son sens à la formule de Hurserl : « toute conscience est conscience de quelque chose ». Se rapporter à quelque chose suppose donc une distance irréductible du sujet à l’objet qu’il vise. Que cet objet soi le monde ou lui même.
Cela ne signifie pas que le sujet soi mis à l écart de ses souvenirs ou de ses projets. Au contraire la conscience est d’abord projet ou intentionnalité. Cette intentionnalité que la conscience permet transporte vers un ailleurs, vers un avenir. Elle donne au monde un sens et y introduit une orientation. Le monde avant d’être un objet à contempler c’est d’abord un sens à effectuer ou à réaliser.
L’homme pour une part reste obscur à lui-même, c’est pourquoi la conscience reste un sujet centrale de préoccupation. Elle ne peut plus être pensée simplement comme le modèle de toute vérité en quoi se trouverait réalisée l’adéquation du sujet à l’objet dans une pure transparence à soi.
Des penseurs comme Marx, Freud ou Nietzsche ont porté le doute à l’intérieur de la conscience elle-même. Ils voient en elle une source d’illusions, dont la plus tenace est sans doute celle d’une liberté ou d’une autonomie du sujet dont la conscience prétend justement témoigner. La conscience ne détient pas sur elle-même la vérité du sens de ses pensées ou de ses actes. Il faut alors la chercher ailleurs, dans le corps pour Spinoza, dans les structures sociales pour Marx ou dans nos instincts les plus reculés selon Nietzche.
Qu'est-ce que l'étant
29/08/2012 16:58 par revelation2012
De l'étant toujours et partout à volonté. Oui, certes; seulement d'où tirons-nous la connaissance que c'est bien un étant tout ce que nous présentons et énumérons avec tant de certitude comme tel ?
Heidegger
S'il est une question incongrue entre toutes, c'est assurément celle qui demande ce que c'est que l'étant. Elle est éminemment incongrue parce que sa simple position représente pour la pensée habituelle le scandale à l'état pur : elle porte en effet sur ce qui va absolument de soi. Et c'est en cela qu'elle est scandaleuse d'une manière absolue : toute question, dans n'importe quel ordre, suppose que l'on sache toujours-déjà ce que c'est que l'étant, parce que ce savoir est d'une évidence telle qu'il ne mérite même pas le nom de savoir. Et de plus la question, en tant précisément qu'elle est une question, ouvre la possibilité que ce savoir, qui va tellement de soi, n'aille justement pas de soi. 0r c'est bien cette possibilité qui est inadmissible, qui n'a même pas le droit d'être envisagée. Car si no41s ne savons pas ce que c'est que l'étant tout notre savoir qui, dans toutes les régions, conçoit les déterminations de l'étant, se réfère à quoi ?En même temps qu'elle est absolument scandaleuse, la question est aussi absolument audacieuse. Il appartient en effet à toute question, dans quelque ordre qu'on l'envisage, de signaler que quelque chose pose problème, puisqu'on interroge à son sujet ; mais c'est toujours dans le cadre d'une "interrogeabilité" particulière que toute question se situe, dans un cadre qu'habite ce sur quoi il y a interrogation, et qui, comme tel, va de soi. Ici, non, rien qui garantisse, comme cadre toujours-déjà admis, l'acceptabilité de la question, parce que tout ce qui pourrait offrir pareille garantie (par exemple la philosophie entendue comme un certain type de discours) tomberait nécessairement sous le coup de la question elle-même, cessant par conséquent de la garantir. Ainsi la question sur l'étant est-elle corrélativement la plus scandaleuse et la moins assurée des questions, celle qui est la plus difficile à endurer : pour la pensée habituelle, elle suscite à la fois une réaction d'indignation (comment ose-t-on mettre en question ce qui va absolument de soi ?) et de défense (elle ouvre la question que nous ne sachions jamais de quoi nous parlons, et à quoi nous nous affairons, puisqu'à chaque fois il s'agit de l'étant).
Le cercle ontologique et son approfondissement
La question de l'étant se présente à nous sous une forme telle que sa réponse est d'emblée indiquée : l'étant, c'est ce qui est, en tant qu'il est, de même que le parlant est ce qui parle en tant qu'il parle, ou le marchant ce qui marche en tant qu'il marche. Il semble donc bien que le savoir sur l'étant soit aussi évident qu'on le pense de prime abord, et qu'en le définissant comme ce qui est on ait épuisé le problème qu'on avait eu l'incongruité de poser. Mais cette définition, pour évidente qu'elle soit, renvoie pourtant à un problème qui la dépasse, et qui n'est rien moins que le problème de l'être, puisque précisément l'étant est ce qui est, comme tel. La définition qui s'impose d'emblée est donc loin d'être satisfaisante : à quoi bon savoir que l'étant est cela qui est, si nous ne savons pas ce que c'est que être ? Assurément, c'est la définition de l'être qui conditionne celle de l'étant. Mais l'être n'est lui-même rien d'autre que l'être de l'étant, par quoi celui-ci est justement un étant. Il serait donc absurde de vouloir problématiser l'un des deux termes sans problématiser l'autre, puisque chacun se définit exclusivement en fonction de l'autre : si l'étant est ce qui est en tant qu'il est, on ne saurait définir l'être autrement que comme l'acte de l'étant en tant qu'étant (et non pas son état, dont la mention rendrait inintelligible le changement).
Puisque l'étant ne se définit que par son être, et que ce dernier ne peut d'abord se comprendre, si l'on veut être rigoureux et se garder de tout mysticisme infondé, que par l'étant dont il est l'acte, on se trouve devant un cercle. Mais ce cercle doit être distingué de tout autre qui serait analogue : on pourrait dire par exemple que le coureur est celui qui court en tant qu'il court, et, corrélativement, que la course est l'acte du coureur en tant que coureur ; ce cercle serait lacile à lever, puisque si la course est bien l'acte du coureur en tant que tel, celui-ci est homme, de sorte que la course peut être pensée comme l'un de ses attributs possibles. Mais il n'en va pas de même pour l'étant, si l'être est l'absolu à partir de quoi toute détermination est possible. La circularité qui oblige à penser l'étant à partir de l'être et l'être à partir de l'étant est donc irréductible, et la réponse qu'on apportera au problème posé par l'un des deux termes sera nécessairement une réponse au problème posé par l'autre. La recherche sur l'étant se situe donc obligatoirement dans ce qu'on doit appeler le cercle ontologique, qui n'est rien d'autre que cette nécessité devant laquelle nous nous trouvons de penser corrélativement l'étant comme ce qui est, et l'être comme l'acte de l'étant en tant qu'étant.
En désignant l'étant comme cela qui est nous orientons dés l'abord la problématique vers ce que nous comprenons toujours-déjà, à savoir qu'il est sujet de son être. C'est par conséquent l'élucidation de cette première implication du cercle ontologique qui constituera le premier point de notre étude. Et puisque la définition du sujet est nécessairement corrélative de celle de l'acte par quoi il est sujet, nous pourrons alors comprendre, malgré la corrélation de leurs définitions et à l'intérieur même de cette corrélation, ce qui différencie le sujet de son acte, l'étant de son être ; c'est donc ce qu'on doit nommer depuis Heidegger la " différence ontologique " qui sera portée à l'état de problème. Quand nous saurons ce qu'il en est exactement de cette différence, alors seulement nous pourrons comprendre l'étant selon son être, et saisir en opérant leur déduction ontologique ce que signifient véritablement les lois de cet être que sont le principe d'identité, le principe de raison, le principe de contradiction, et le principe des indiscernables. L'intelligence de ces lois, de leur signification, de leur nécessité et de leur corrélation constituera ainsi le troisième grand thème de cette recherche. Le quatrième, qui assumera les trois premiers sera celui du sens de cet être, intelligibilité originelle de l'étant comme étant. Ces questions, n'épuisent cependant pas la problématique ouverte par notre question, car à y regarder de près, nous pouvons déjà apercevoir une interrogation supplémentaire où s'indique le caractère problématique du cercle ontologique : nous parlons de l'étant, et non pas de l'ayant été ni du devant être, qui est sujet de l'être : de ce qui est, et non pas de ce qui a été ou de ce qui sera. En son être même l'étant entretient donc un rapport privilégié avec une instance temporelle qui est le présent, et il nous faudra découvrir pourquoi l'être a présent comme dimension exclusive (et non pas seulement comme compréhension " historiale ") En dernier lieu, il sera donc nécessaire de fournir la définition de la présence, définition dont la pertinence aura pour mesure la possibilité qu'elle offrira d'élucider la nature du privilège qui semble le sien relativement à l'être. La corrélation de ces différents points est l'intelligibilité même du cercle ontologique, et par conséquent de l'étant lui-même.
L'étant est : ce qui est, en tant qu'il est
L'étant, donc, c'est ce qui est ; autrement dit c'est quelque chose dont l'acte est simplement d'être, et qui pour cela ne peut être défini, dans une première approche, que comme le sujet de l'être. Ainsi remarque-t-on d'emblée que quand nous parlons de l'étant nous ne le différencions pas de son être, puisque c'est uniquement par cet être que nous le nommons. Et pourtant l'étant n'est pas l'être, puisqu'il est le sujet de l'être. Qu'est-ce qui est, à vrai dire ?
La réponse s'impose encore une fois d'emblée : c'est un "quelque chose " (le terme allemand " etwas "serait peut-être mieux approprié), c'est une identité particulière qui définit un quale selon la pure déterminité. L'étant est donc une identité particulière sujet de son propre acte, et qui n'est pas en dehors de cet acte puisque précisément cet acte est son être. Ainsi, l'étant est le sujet de l'être; mais si on le considère en lui-même c'est-à-dire en pensée indépendamment de cet être dont il est le sujet (et c'est bien ce que nous devons faire, puisque nous voulons savoir ce que c'est, cela qui est), on le réduit à une identité particulière abstraite, dont l'être seul pourra faire un sujet, c'est-à-dire précisément un étant - à une identité dont la désignation par l'être indique la nécessité définissant le sujet qu'il s'épuise dans son acte (s'il ne s'y épuisait pas, il ne serait pas sujet, et s'il ne s'y épuisait que partiellement, seule la partie s'épuisant dans l'acte pourrait être dite sujet). L'essence propre du sujet ne consiste pas à se tenir d'une mystérieuse façon dans un lieu qui serait comme les limbes de la réalité : en tant que sujet, il n'est que par et dans son acte. Pour comprendre ce qu'est l'étant, il faut donc se demander ce qu'il en est de cet acte par quoi le sujet est précisément sujet, et qui suffit à le définir.
En tant qu'il n'est que par et dans son acte, le sujet ne reste pas muré en son éternité, en sa simple identité abstraite. L'acte, en effet, comme être du sujet en tant que sujet, est nécessairement accomplissement de celui-ci, parce qu'un sujet qui ne s'accomplit pas n'est pas : n'être sujet de rien, c'est n'être pas sujet, et tout simplement n'être pas (ce dont la reconnaissance est contradictoire). Cela signifie que le sujet n'est (tel) que dans la mesure où une réalité effective procède de lui, que dans le mesure où il y a quelque chose dont il soit le sujet et qui doive, pour être intelligible, lui être rapporté. L'acte, c'est-à-dire l'être, du sujet est par conséquent la position transitive de cette réalité, qui sera évidemment diverse selon l'identité particulière du sujet que l'on considère (le cercle en tant que sujet géométrique ne s'accomplit pas de la même manière que le prolétariat en tant que sujet historique, etc.). Ainsi, l'acte propre de cette identité qu'on va considérer comme sujet est son altération : son être s'entendant comme son acte même, il doit nécessairement s'épuiser dans ce dont il est le sujet, de sorte qu'il n'y ait plus rien que les expressions dont il soit l'intelligibilité ; altération est donc essentiellement l'acte, qui définit l'étant comme une identité dont L'intelligibilité d'autres qu'elle est pourtant l'accomplissement propre - autres dont on notera au passage la nécessaire pluralité, car s'il n'y avait qu'une expression l'accomplissement qui en est au contraire la réalité ne serait plus, comme métamorphose miraculeuse, que la négation du sujet. Or s'épuiser dans d'autres choses que soi en en étant la raison, c'est s'exprimer. L'être du sujet est donc l'expression : l'étant n'est que dans la mesure où il s'exprime(l'éventualité d'un " arrière-monde " est ainsi une contradiction dans les termes), et on le signifie en disant que l'être est différance de soi de l'étant, puisqu'il n'est soi qu'à se rapporter à soi comme autre, à savoir l'intelligibilité de ce tout en quoi il s'accomplit. La différance de l'étant est donc, comme son être, aussi bien la différence de l'un et du multiple. Par où l'on aperçoit la structure première de l'être lui-même qui est la transitivité, et dont il faudra se demander en quoi elle détermine structurellement cela qu'on appelle précisément étant.
Si l'on veut s'appliquer à définir des structures utiles à l'intelligence formelle du cercle ontologique, il faut donc distinguer l'identité abstraite de l'étant qui se tient en quelque sorte en deçà de l'être en tant qu'elle en est le sujet, et ce que l'étant est, autrement dit son identité propre pensée à travers tout ce qui la manifeste, pensée comme la raison de tout ce qu'elle fonde et qu'on définira donc en quelque sorte comme l'au-delà de l'être. Ce que l'étant est, la quiddité de son être, nous avons l'habitude de l'appeler son essence. L'essence est donc l'identité de l'étant conçue comme la raison d'être de tout ce qui est fondé : alors que son identité propre désigne l'étant comme s'exprimant, son essence le désigne comme exprimé. Ainsi l'essence est, pour l'étant en général, le corrélât nécessaire de son être, ou plus exacte ment elle est l'étant lui-même pensé selon cet être c'est-à-dire selon son accomplissement (ainsi que l'indique d'ailleurs l'étymologie du mot). D'où cette conclusion : L'être de l'étant est le rapport actuel de son identité à son essence.
Cette première explicitation du cercle ontologique introduit à la question suivante : en tant qu'il est une corrélation, il est une différence, celle de l'étant et de son être, qu'il faut donc interroger pour elle- même.
La différence ontologique
L'étant, avons-nous dit d'emblée, n'est tel que par l'être. Or celui-ci n'est pas l'étant, mais ce qui peut seul le définir, de même que la course n'est pas le coureur mais ce par quoi il peut être dit tel. La différence que nous considérons entre l'être et l'étant, et qu'il est commode de nommer avec Heidegger" différence ontologique ", il ne faut donc pas la considérer comme un rapport entre deux termes (dont l'un révélerait et/ou dissimulerait l'autre), puisque précisément il n'y a pas deux termes, mais seulement un: l'étant, de même qu'il n'y a seulement le coureur. On signifiera donc l'irréductibilité de la différence ontologique en disant que l'étant n'est pas l'être parce qu'il est son sujet. La différence que nous voulons cerner n'est donc pas extérieure à l'étant, elle n'est même pas un de ses caractères essentiels : elle se situe au cœur même de son être. Mais alors si la différence appartient à l'être de l'étant, peut-on encore dire qu'elle oppose l'être et l'étant ? En d'autres termes, il faut absolument que nous nous demandions si cette différence que nous avons appris à ne plus ignorer se situe réellement entre l'être et l'étant, ou si c'est seulement une apparence. Pour répondre, il faut que nous puissions penser le rapport que les deux termes entretiennent l'un avec l'autre autrement qu'en répétant leur irréductible corrélation. Un seul moyen se présente : demandons-nous où réside la négation qui nous permet d'affirmer que l'être n 'est pas l'étant.
1. L'étant et l'être
Le cercle ontologique dont il est impossible de ne pas partir (et dont il est impossible de sortir, toujours pris que nous sommes entre l'être et l'étant) nous a enjoint de définir l'être comme L'acte de l'étant en tant qu'étant, et en examinant cette notion, nous trouvons qu'elle signifie immédiatement la négativité. L'acte en effet est nécessairement négatif parce qu'il apparaît d'abord comme la négation de la facticité qui le conditionne (parier, c'est nier le mutisme ou la parole antérieure, etc.), c'est-à-dire en réalité la négation de son sujet. Bien entendu, on ne peut avancer qu'il y aurait un sujet positif pour ensuite subir l'essentielle négativité de l'acte, puisque celui-ci est son être ; aussi doit-on reconnaître que la négativité appartient au sujet lui-même en tant qu'il est, c'est-à-dire que celui-ci est d'une certaine manière constitué par la différence ontologique et que cette constitution est la nécessité qu'en son acte il aille essentiellement de sa négation. Or cela, nous l'avons déjà rencontré en comprenant que la définition tautologique de l'étant comme sujet obligeait à son concevoir son acte comme son expression, laquelle est son épuisement (la condition absolue de l'être du sujet est qu'il se perde comme en-soi). Ainsi apercevons-nous l'origine de la négation par laquelle l'être n'est pas l'étant : elle est la structure même de l'acte et donc de l'être : l'épuisement de ce dont il est l'acte - et c'est en cela que l'être est la négation de l'étant. C'est donc parce qu'il est c'est-à-dire parce qu'il n'est nulle part ailleurs que dans l'acte de son épuisement, que l'étant est toujours-déjà constitué par sa propre négation, laquelle est son être.
On pourrait reprocher à cette négation, où nous venons de découvrir l'origine de la différence ontologique, de ne pas valoir strictement pour l'être, puisque la structure d'épuisement qui la justifie caractérise n'importe quel acte, en tant qu'expression de son sujet dans sa déterminité concrète (courir est ainsi l'expression du coureur en tant que coureur, etc.). Et en effet, c'est bien la même négation. Aussi sommes-nous conduits à cette conclusion étonnante que tous les actes que nous avons l'habitude de considérer dans leur diversité se ramènent à un seul, l'expression, et qu'ils ne différent que par la particularité de leur sujet, que par l'ensemble des raisons dont, à chaque fois, et dans la particularité de chaque situation, il procède dans sa déterminité. Ainsi, tout acte se ramène à l'être de son sujet (courir est l'être du coureur en tant que tel etc.), et la négativité qui les caractérise comme acte est toujours celle de l 'étant concrètement déterminé qui se perd en s'épuisant dans tout ce qui l'exprime. Cette perte constitutive de l'étant comme tel est ce que dit la " différence ontologique ". Si donc tout acte est l'être, alors nous retrouvons à chaque fois entre le sujet et l'acte non une différence contingente mais la différence ontologique elle-même, qui est donc aussi bien à l'œuvre dans la course que dans le lancer, que dans n'importe quelle fondation, et même que dans le mouvement en tant qu'il épuise le mobile. La question de la différence ontologique était celle de la négation qui autorise à poser une telle différence alors que, comme nous l'avons vu, il ne saurait s'agir d'une opposition entre deux termes réellement distincts, puisque l'étant n'est que dans et par son acte, et que celui-ci, en tant qu'acte, est nécessairement acte de son sujet. Cette négation, nous savons maintenant que c'est cela qui constitue l'acte même (c'est-à-dire l'être) de l'étant, à chaque fois concrètement déterminé : l'étant doit se perdre comme " en soi " pour être, et en cela consiste son être. Pour l'étant lui-même, énoncer sa différence avec l'être n'est donc pas énoncer une dualité, puisqu'il n'y a précisément que lui, mais c'est justifier la définition de l'être comme acte, comme différance de son sujet - en quoi consiste donc la" différence ontologique " : la différence de l'être et de l'étant, c'est la différance de l'étant comme son être. C'est donc la définition même de l'étant qu'il diffère de l'être, précisément parce que c'est d'être qui le définit, et que son être est de différer de soi...Que la différence ontologique soit finalement l'identité concrète de l'étant, c'est ce que nous aurons encore l'occasion d'approfondir en nous interrogeant sur la première loi d'être de l'étant, dite précisément principe d'identité. Mais pour le moment notre intelligence du cercle ontologique serait incomplète si de ce paradoxe qui définit ontologiquement l'étant nous ne déduisions pas un enseignement (qu'on peut donc prévoir aussi paradoxal) sur l'être qui suffit à le définir.
2. L'être et le néant
La différence ontologique, qu'on peut énoncer négativement comme l'impossibilité pour l'étant de cet être en soi qui le maintiendrait substantiellement deçà de ses manifestations, identifie donc l'être de l'étant à sa propre perte ontologique puisque sa différance en ses expressions est précisément la nécessité qu'il ne soit rien d'autre qu'elles. La négation qu'on vient de découvrir au principe de la différence ontologique oblige donc à reconnaître qu'il n'y a pas pour l'étant de différence entre être réellement (accompli) et n'est rien (d'autre que des accomplissements qui, pour être les siens, ne sont pourtant pas lui-même) ; de sorte à l'être on peut reconnaître aussi bien la positivité de l'accomplissement que la négativité de la perte ontologique. Entendons bien qu'il ne s'agit pas de désigner des aspects de l'acte, puisque être pour le sujet revient proprement à se perdre comme en-soi : sa perte n'est pas un aspect de son étantité dont on pourrait, même simplement en pensée, faire abstraction. D'où l'on doit tirer que par "acte de l'étant en tant qu'étant " on définit aussi bien l'être de l'étant déterminé que le non-être déterminé de rien... Paradoxe étonnant, en effet, qu'on radicalisera en disant que cette définition ne vaut pas moins pour le néant que pour l'être. Car le néant ne saurait être (ce n'est pas un étant) ; on n'en peut donc parler, Sartre l'a établi, que comme acte. Mais l'acte est nécessairement déterminé autrement dit est nécessairement acte de quelque chose qui en est le sujet : parler d'un acte "en soi", qui ne serait pas l'acte de quelque chose, est une absurdité. Or le sujet lui-même a sa propre perte ontologique pour acte, et une perte déterminée puisqu'elle est la sienne ; de sorte qu'on peut dire qu'il se définit aussi bien par son impossibilité (il n'est rien que l'intelligibilité de ses expressions, laquelle leur est propre) que par sa nécessité (il est l'expression de ses raisons d'être). Que l'acte du sujet (dés lors entendu comme rien) soit ainsi sa propre impossibilité, c'est ce qui pourrait donc très bien définir le néant dont le paradoxe reste qu'il réponde toujours à la formule de l'être ("acte de l'étant en tant qu'étant "), dors même qu'il en est si manifestement le contraire, puisque l'être s'entend précisément comme l'identité de l'acte du sujet à sa nécessité (être, c'est être fondé à être). Ce paradoxe, on l'énoncera donc comme celui de la formule même de l'être, en soulignant qu'il n'y a pas de différence entre la nécessité (dès lors que les raisons suffisantes de son être sont avérées, il est impossible que l'étant ne soit pas) et l'impossibilité (l'étant n'est rien d'autre que l'intelligibilité propre de ses expressions, ni que l'expression de ses raisons d'être, ainsi littéralement suffisantes). On l'a compris : le secret de la différence entre l'être et l'étant, c'est l'identité de l'être et du néant.
Car à maintenir une différence entre l'être et le néant, on occulte la négativité de 1'" acte de l'étant entant qu'étant " et par conséquent on nie que celui-ci se perde pour être, que le sujet s'épuise absolument dans la totalité des manifestations, de sorte que différencier l'être et le néant (alors qu'il n'y a de"différence ontologique " qu'entre l'être et l'étant) revient à s'enfermer dans l'affirmation d'un "arrière-monde ". De même qu'il est impossible de parler de l'être (et surtout de l'hypostasier en le désignant comme l'Etre) sans qu'il s'agisse de l'être de tel ou tel étant, de même ainsi il est impossible de parler du néant (et de l'hypostasier en disant par exemple qu'il "borde l'être ", ou qu'il "chatoie " à sa "surface ") sans qu'il s'agisse du néant, c'est-à-dire de la perte ontologique de telle ou telle entité, de son impossibilité " non pas ontique (au sens où une chose qu'on envisage est impossible parce que son concept est contradictoire ou qu'elle contredit des réalités avérées) mais bien ontologique (la chose n'est rien de plus que ses raisons suffisantes en tant qu'elles sont réelles, ni que ses expressions en tant qu'elles sont intelligibles). Le néant ainsi n'est pas ce qui " voile " ou "dévoile " l'être ou l'étant, il est l'épuisement de cela qui est justifié d'être dans la totalité de ses manifestations, c'est-à-dire la négation elle-même comme suffisante à définir l'être. Finalement, l'identité de l'être et du néant c'est qu'il n'y ait pas de différence entre la nécessité de l'étant qui définit sont être tant à partir de son fondement que des expressions dont il est l'intelligibilité, et l'impossibilité qui définit ce même être, en tant que son sujet n'est précisément rien d'autre que ce fondement proprement accompli, ni que ces expressions proprement intelligibles.
En comprenant que la différence ontologique se réduit à l'identité de l'être et du néant, nous atteignons le noyau même du cercle ontologique, et par conséquent aussi le principe originel de toute intelligence possible, si l'on nous accorde qu'il s'y agit toujours de l'étant comme étant. Mais nous n'aurions de ce dernier qu'une compréhension structurelle abstraite si nous ne découvrions l'origine et le sens des lois d'être qui, sous le nom de "principes ", accomplissent la constitution même de l'étant dans le cercle ontologique.
Les quatre principes essentiels
Ces principes, nous les reconnaissons d'emblée comme absolument inséparables de l'étant, en cela qu'ils n'ont de signification que par l'absolu de leur universalité, celle de l'être. Les élucider revient donc à préciser ce que nous entendons structurellement en parlant d'un étant c'est-à-dire, pour la réflexion, à préciser selon les lois de notre compréhension que quelque chose est (certes la même réflexion peut toujours m'enseigner que c'est par moi, ma culture, mon époque, bref par une nécessité historiquement élaborée, que les choses se présentent ainsi ; mais précisément : elles se présentent ainsi). Le premier rapporte l'étant à lui-même, le second à un autre qui en conditionne l'intelligibilité, le troisième à son accomplissement et le quatrième, enfin, l'oppose à tout autre que lui - l'ensemble indiqué par leur articulation constituant l'unité structurelle du cercle ontologique.
l. Le principe d'identité
Le premier principe régissant l'étant dans son être sera naturellement celui où l'essence paradoxale du cercle ontologique apparaîtra avec le plus d'évidence. Il s'agit du principe d'identité, selon lequel l'identité de l'étant consiste en une différence.
Ce principe, en effet, nous le signifions habituellement sous la forme d'un rapport, A = A, plus précisément de ce rapport très particulier qu'on nomme l'égalité et qui dénote une différence : la somme de2 et de 3 est par exemple est égale à 5 précisément parce qu'elle n'est pas ce nombre (ce qui est plus évident encore pour les grands nombre, remarque Kant). Entendons bien que le premier principe ne peut pas comme tel être réflexif, au sens où l'identité serait pour n'importe quoi d'être l'autre de ses autres : c'est la pure identité à soi, et à soi seulement qui règle d'abord l'étant, comme le signifie d'ailleurs la lettre même de l'énoncé, puisque c'est le même terme qu'on trouve de part et d'autre de l'égalité. Le paradoxe est donc que l'identité de ce qui se trouve de part et d'autre de l'égalité ne nie pas la différence qui la conditionne, précisément parce qu'il y a A d'une part, et A d'autre part. La question essentielle du principe d'identité est donc de savoir quelle différence il y a entre le premier terme et le second qui pourtant sont le même, tout en se différenciant l'un de l'autre par un rapport. C'est-à-dire qu'il faut se demander quel est ce genre très particulier de différence qu'on appelle l'identité en tant qu'elle est nécessairement identité à soi.
Quand nous avons voulu caractériser l'être de l'étant à partir du cercle ontologique, nous avons vu qu'il était impossible de le faire autrement qu'en le définissant comme expression. Le cercle ontologique nous contraint donc à penser d'emblée l'être de l'étant à travers une dualité : la différence qu'il faut affirmer entre cela qui est, l'identité particulière dont l'acte est l'effectuation, et cela qu'expriment les expressions - le même puisque l'acte est l'être du sujet. Dans le cercle ontologique, l'identité propre de l'étant est donc d'abord l'unité de cette différence entre le sujet considéré dans l'abstraction de son pur et impossible être en soi, et ce même sujet tel que la totalité de ses manifestations oblige à le reconnaître dans son essentielle nécessité (impossible qu'elles n'aient pas de raison d'être, dès lors qu'elles sont). L'impossibilité du sujet et la nécessité du fondement sont donc le même puisque c'est le sujet, comme sujet de ses propres expressions, qui est fondamental pour ces dernières. Ainsi, nous reconnaissons en l'identité de l'étant celle de l'être et du néant : le rapport des dent termes qui ont le même, c'est celui de la nécessité à l'impossibilité. Ce qu'on indiquera plus simplement en soulignant que, comme première inscription du cercle ontologique, le principe d'identité signifie indistinctement l'être comme le rapport, au sens verbal, d'une identité abstraite (l'impossible) à une essence où se justifient les fondés (le nécessaire), et l'étantité de l'étant comme leur identité, celle-là même qu'on mentionnera en le décrivant sous le terme d'identité différante : quelque chose qui n'est qu'à différer de soi. Autrement dit, la différence de soi à soi signifiée par le principe d'identité est la différence entre le sujet en lui-même en tant qu'il est précisément sujet à n'être rien d'autre que la raison de ses expressions. D'où nous tirons que la différence entre ce qui se situe pour ainsi dire de part et d'autre de l'être n'est pas une différence positive puisque l'étant lui-même est le différé, n'étant lui-même précisément que de cette différance.
On explicitera donc au mieux le principe d'identité en mentionnant la différence qui sépare l'identité particulière de l'étant de la quiddité de son être : ce que son fondement nécessite comme son accomplissement et d'autre part ce que ses accomplissements nécessitent comme leur intelligibilité (étant bien entendu qu'il n'est à chaque fois rien d'autre que ce fondement accompli ou ces fondés intelligibles), l'un et l'autre étant précisément le même. La quiddité de l'être, on la nomme l'essence, qu'en ce sens et conformément à une longue tradition il faut reconnaître pour fondement : non pas au sens du sujet lui-même dont l'expression est la fondation des fondés, mais au sens de ce que les fondés, en tant que tels, constituent comme leur sujet - car ils ne renvoient à lui que comme fondement accompli : c'est leur être propre de s'en donner pour l'accomplissement. La différence énoncée dans le principe d'identité est donc celle qui va de 1ïdentité particulière de l'étant à son essence, et c'est ce rapport que signifie l'équation A = A.
Ainsi le principe d'identité, précisément en tant qu'il énonce une différence, est la désignation de l'étant comme étant (ce qui n'est intelligible qu'à partir de la non différence de l'être et du néant) et non pas comme une identité particulière abstraite pouvant aussi bien être que ne pas être. Par sa formulation l'identité, le principe qui la signifie est donc à fui tout seul preuve ontologique - en ce sens qu'il n'y a de preuve ontologique qu'à partir de la différence ontologique permettant que l'étant soit identifié par l'être.
2. Le principe de raison
Alors que le principe d'identité rapporte l'étant à lui-même, le principe de raison le rapporte à autre que lui. En affirmant que tout a un fondement suffisant par quoi il est au lieu de n'être pas, et ainsi plutôt qu'autrement, le second principe signifie dans son universalité qu'il appartient constitutivement à l'étant comme tel qu'il procède d'autre que lui. Or ce rapport est dénommé " de raison ". L'intelligence du cercle ontologique selon la procession porterait donc aussi bien sur l'essence de la raison...
Considérer l'étant rationnellement, c'est le considérer comme fondé, justifié d'être dés lors qu'il est. La question du principe de raison se dit par conséquent comme celle de la nature ontologique du fondé. On désigne ainsi ce qui procède du fondement, en cela que celui-ci n'est surtout pas une autre chose qui pourrait être considérée à part du fondé (s'il reste une partie du fondement non épuisée dans l'ensemble des fondés, c'est que cette partie n'était pas fondamentale), mais ce par quoi le fondé est précisément fondé, ce qui le nomme comme tel. On dira par exemple que le rêve est une manifestation de l'inconscient, en ce que ce principe qui conditionne son intelligibilité l'estampille en quelque sorte d'une nature qui n'est pas celle du rêve lui-même (au contraire : un rêve est un acte de conscience) mais celle de l'être du rêve, ainsi expressément distingués. Ainsi, dans le principe de raison (et donc, semble-t-il, dans l'essence même de la raison) il va essentiellement de la différence ontologique, dont on aperçoit dès lors qu'elle conditionne toute intelligence possible : être, pour le rêve, c'est exprimer l'inconscient et non plus quelque avertissement divin ou prémonition de l'avenir, autant de thèses possibles quant à un être qui diffère bien à chaque fois de ce dont il est l'être, selon une déterminité qui est précisément celle du fondement, pur nom de cet être : c'est au nom du fondement que le fondé existe, et qu'il est ainsi plutôt qu'autrement, et par conséquent que son être s'épuise en cette nomination ; d'où cette définition : un fondé, c'est une entité dont l'être est nommé, ou encore : une entité nommément distinguée de son être. Pas de rationalité, donc, qui ne s'entende expressément comme différence ontologique.
Que la différence de l'être et de l'étant soit le principe de la raison elle-même en ce que la procession est bien pour l'étant de relever d'un nom qui ne le nomme que quant à ce qu'il soit, c'est encore ce qu'on indique désignant comme fondé cela qui a lieu d'être, lequel lieu est la circonscription d'expression du fondement, l'espace de la multiplicité de tout ce qui ne se constitue comme étant qu'à y ordonner son intelligibilité. Ainsi l'espace d'intelligibilité (l'eidétique, qu'on rapportera donc à ce que nous avons appris de l'essence) n'est pas simplement " ontique " en ce qu'il relèverait d'un classement selon des propriétés relevant elles-mêmes de la détermination des entités considérées, mais il est aussi et même essentiellement " ontologique " en ce qu'une " région " de l'étant ne s'entend que d'une certaine nomination de l'être. Pas de différence en effet entre comprendre quelque chose et nommer son être, dès lors que cette compréhension est son inscription au sein d'un espace (l'eidétique) dont le caractère à priori n'est surtout pas autre chose que la nécessité pour l'étant déterminé c'est-à-dire fondé qu'il relève de l'être, dès lors toujours expressément différé (pour le rêve, qu'il relève de l'inconscient, etc.). Le principe de raison trouve ainsi l'origine de sa nécessité dans la différence ontologique, qui conditionne donc ce que l'étant est " en raison " c'est-à-dire en vérité, si par-là on nous accorde de désigner une assurance spécifique de l'être qui n'est précisément possible que selon une raison : demander ce qu'une chose est vraiment c'est s'enquérir d'une raison qu'elle soit et par quoi son être pourrait s'entendre comme une certaine nécessité, au lieu de se voir récuser en simple apparence désormais résolue.
Le principe de raison qui rapporte tout étant à sa constitution par un autre alors même qu'il n'y a rien que lui (n'oublions pas que le fondement n'est rien d'autre que l'intelligibilité propre des fondés : c'est l'étant comme tel, c'est-à-dire en son être, qui est intelligible) enjoint donc de le considérer selon un être que dès lors on pourra différer. Ainsi la différence ontologique se confond avec l'intelligence elle-même, dont on peut relever, conformément à la nécessité du cercle ontologique toujours présente dès qu'il s'agit de l'être, qu'elle s'identifie au passage de l'assurance de l'univocité (l'étant est bien tel ou tel, exprimant ainsi la détermination de son fondement) à celle de l'être (dès lors que son être est entendu, à partir fondement, comme nécessité, le sujet ne saurait être mis en cause quant au fait qu'il soit ), précisément parce que c'est un déterminé qui nécessite. Le cercle ontologique comme différence unifiée de l'être et de l'étant (et en effet : il n'y a que l'étant), est donc le principe même de l'intelligibilité du fondement, dont l'invocation sous le nom de " principe de raison " s'entend finalement comme mention de la différence ontologique elle-même, parce que la raison déterminante et la raison d'être sont la même : le principe de raison, c'est que ce qui est assuré de son univocité soit par là même assuré de son être, d'un être dès lors nommé et par conséquent différé 5.5.
L'intelligence du principe de raison non pas dans mais bien comme la différence ontologique permet de lever le paradoxe indiqué par Heidegger dans l'étude qu'il a consacrée à ce principe - ou plutôt à la manière dont il se présente à nous - et selon quoi le principe de raison échapperait à son propre énoncé, étant lui-même sans raison. Cette raison est au contraire absolue au sens de la preuve ontologique (le propre de l'étant, c'est qu'il soit) puisqu'elle est le cercle ontologique lui-même (et non pas une nouvelle raison dont ce cercle lui-même aurait encore à relever, bien sûr). Le principe de raison ne peut donc énoncer la nécessité relative que parce qu'il est lui-même absolument nécessaire - laissant en arrière la question d'un fondement qui pourrait à son tour venir le fonder. Une remarque analogue s'impose à l'encontre d'Aristote qui nous affirme, laissant ainsi la logique en quelque sorte infondée, l'impossibilité d'une démonstration du principe d'identité et du principe de contradiction : ce n'est pas de l'éventualité (même purement idéale et récusée d'avance) d'une instance encore plus fondamentale, mais seulement de la réciprocité de l'être et de l'étant ou, si l'on préfère, de l'identité de l'être et du néant - de l'identité de l'impossibilité à la nécessité.
3. Le principe de contradiction
A l'intelligence de l'être autorisée par celle des deux premiers principes, il convient d'ajouter pour la concrétiser celle de l'étant, ou plus exactement de son étantité, si l'on nomme ainsi l'unité du cercle ontologique dont relève par définition ce qu'on ne nomme que par son être. Le principe de contradiction porte sur l'étantité de l'étant, puisqu'il concerne la corrélation du sujet et de ce dont il est le sujet.
Conformément au statut de sujet que lui confère le cercle ontologique, on conçoit l'étant selon son rapport à tout ce dont il est le sujet. Ce rapport est son assurance : comme fondement de ses expressions, il est bien ce qu'il est comme expression de son fondement. Ainsi peut-on dire qu'un sujet quelconque, dont le fondement n'est par principe jamais donné, n'est lui-même (non seulement comme sujet, mais encore comme fondé) que selon des expressions qui, pour se donner comme les siennes, l'assurent d'une déterminité qui sans elles se réduirait à une totale équivocité : on ne sait vraiment ce qu'est une chose que quand on sait à quoi elle donne lieu, et c'est seulement parce qu'on sait ce qu'elle est qu'on est en mesure d'en désigner la raison d'être (avant que l'intelligence ne refasse l'opération à l'envers et ne s'autorise elle-même à poser le fondement, dès lors identifié à sa propre essence, en principe premier). L'acte lui-même, qu'on peut concevoir dans sa transitivité comme le rapport de la détermination à l'essence, est ainsi pour le sujet assurance de son univocité. Paradoxalement donc, la déterminité pure n'est que sa propre équivocité (n'importe quoi peut être envisagé qui en ferait un sujet, tout n'étant qu'une question de situation c'est-à-dire de conditionnement de l'accomplissement), alors que l'essence est pour l'étant lui-même l'assurance avérée de son univocité. Bien entendu une assurance parfaitement avérée est impossible, puisqu'on ne sait jamais à quoi les expressions d'un sujet peuvent à leur tour, et finalement, donner lieu; mais peu importe ici puisque reste acquise l'intelligence de la loi d'étantité que constitue l'assurance de l'univocité. Remarquons même que le devenir temporel assure indéfiniment cette univocité, puisque le renouvellement des expressions est à chaque fois restriction récurrente de l'équivocité du sujet dont elles sont les expressions.
Si donc le sujet qu'on aurait voulu considérer dans la pureté de son " être en soi " reste, par l'abstraction qu'on fait de la transitivité de son être, absolument équivoque (sujet d'on ne sait quoi), et n'est donc même pas cette identité abstraite qu'on aurait pourtant voulu envisager (on ne parle donc de rien), alors on reconnaîtra que l'univocité que lui confèrent ses expressions, en tant qu'elles font de sa propre essence sa vérité, est bien le répondant ontique de la transitivité ontologique. Et en cela consiste à proprement parler l'intelligibilité du principe de contradiction, qui vient après le principe d'identité et le principe de raison dont on a vu la signification ontologique, parce qu'il ne désigne pas une loi d'être de l'étant, mais la loi même de son étantité. Que nous enseigne-t-il, en effet ? Que des prédicats contradictoires ne peuvent être attribués en même temps et sous le même rapport à un même sujet. Et qu'est-ce que cela signifie, sinon que l'étant ne peut être (lui-même) que s'il s'accomplit par des expressions qui, en ne s'excluant pas réciproquement, le définissent récurremment d'une manière parfaitement univoque - l'assurant dès lors dans son statut de sujet. Le principe de contradiction énonce donc seulement la nécessaire univocité de l'étant en tant qu'il s'agit bien d'un étant c'est-à-dire de cela dont l'être consiste à s'épuiser en des expressions qui sont dès lors les sujets de sa détermination comme lui-même l'est de son être. Il institue l'étantité même de l'étant selon la règle de l'univocité, corrélative de la transitivité de l'être qui le définit précisément comme étant.
4. Le principe des indiscernables
Ainsi que Hegel le remarque dans la Science de la logique, le principe des indiscernables n'énonce pas une simple diversité de l'étant qui comme tel serait en vérité toujours identique, de sorte que toute différence ne pourrait procéder que du " terme qui compare ", mais énonce comme véritablement constitutive pour lui la " différence déterminée ". L'extériorité réciproque des étants ne doit donc pas être considérée indépendamment de l'identité particulière de chacun, de sorte qu'il est principiellement impossible (sauf, précisément, à situer la différence dans le " terme qui compare ", auquel cas on ne parlerait pas d'étants mais d'objets) de trouver une ressemblance parfaite, impossibilité qu'il faut donc articuler aux lois qui viennent d'être repérées.
Soulignons d'abord la particularité de ce principe relativement aux trois autres : ceux-ci parlaient de l'étant pour en légiférer l'être (principe d'identité), ou l'étantité (principe de contradiction), ou le rapport des deux (principe de raison en tant qu'unité du cercle ontologique - le fondement justifiant à la fois l'être et la détermination de ce qui est dès lors intelligible aussi bien quant à son être, que quant à être tel ou tel). Métaphysiquement, on entend cela comme la corrélation de l'absolument univoque et de l'absolument nécessaire : si une chose est absolument assurée d'être telle ou terre, alors comme telle ou telle elle est absolument assurée d'être. D'une certaine manière, on pouvait dire verticaux les trois premiers principes, puisqu'en eux c'était le rapport de fondation qui était l'essentiel ; le principe des indiscernables sera au contraire horizontal, puisqu'il situe l'étant dans la relation qu'il entretient à d'autres pour signifier une différence qui n'est plus celle du sujet et des expressions, mais de coprésence des expressions. En tant qu'il s'agit en lui d'une différence qui ne relève pas du " terme qui compare " mais proprement de ce qui diffère, le principe des indiscernables situe donc l'étant toujours-déjà au sein d'une totalité, dont le principe est évidemment le fondement non pas considéré comme sujet (de quel droit pourrait-on en effet l'affirmer en propre, alors qu'un fondement n'est que l'intelligibilité des fondés ?) mais comme essence - dont tout relève. En signifiant la différence comme réellement propre au différent, le principe des indiscernables nous le fait donc toujours-déjà admettre comme une expression, comme procédant de ce fondement au nom de quoi la totalité dont il relève dans sa déterminité même en est précisément une.
Le principe des indiscernables signifie donc par extension que l'étant en général (l'étant comme tel) doit être considéré selon la totalité qu'il constitue avec tous les autres étants, totalité dont le principe est suffisamment justifié de sa détermination puisque la définition de chacun n'est finalement que sa différence concrète avec les autres, laquelle différence est ainsi définition de l'essence dont tout relève. C'est donc la raison pour laquelle " il y a quelque chose et non pas rien " qui se trouve formellement indiquée, puisqu'elle est le strict corrélât de la notion, pour l'étant, de sa totalité : l'exclusion du second terme (" plutôt que rien ") renvoie à la position du premier (" il y a quelque chose ") comme à l'affirmation de principe d'une totalité (en dehors de rien, si l'on peut dire, il y a tout - et pas simplement l'étant). Mais précisément parce que l'épuisement qui définit le fondement implique qu'il n'y ait jamais que des fondés, cette raison dont le principe des indiscernables est l'indication est une essence, celle dont tout relève, et non pas un sujet. Ainsi il est impossible de substantifier la totalité de l'étant pour en faire l'UN des Anciens, alors même que ce principe, comme celui de la totalité, est aussi celui de l'unité de tout. Par exemple, le cartésianisme nomme l'être de tout étant "représentation", ce qui autorise à parler du tout de l'étant non pas comme une totalité effective (dont la notion est contradictoire, puisqu'elle exclurait par là même le principe de la totalisation) comme de tout ce que je peux me représenter (et qu'est-ce que je peux me représenter ? tout ! puisque ce qui échappe à la représentation n'est simplement rien, dès lors que c'est l'
La trinité universelle
29/08/2012 16:47 par revelation2012
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LA TRINITÉ UNIVERSELLE |
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L'Esprit qui vient
29/08/2012 16:33 par revelation2012
(Psyché N°390 de 1928)
" Celui qui supprimera l'un de ces commandements
sera appelé le moindre dans 1e Royaume des Cieux. " EVANGILES.
Certaines tendances assimilent au christianisme, sous couleur d'ésotérisme, les traditions les moins conformes à Son Idéal. Nous allons tenter ici d'établir un parallèle entre ces doctrines et celles de l'Evangile.
Toute activité physique ou hyperphysique est signée d'un Esprit. Celui-ci scelle les oeuvres qu'il inspire et, comme l'homme n'est pas un créateur, il défère aux suggestions d'En-Bas ou aux inspirations d'En-Haut, selon celui que son coeur a secrètement élu pour Maître. Ne pouvant servir deux Maîtres, qui veut enseigner ou guider autrui doit donc avoir choisi. La foule des indécis, oscillant de l'Un à l'Autre, n'a pas encore choisi explicitement, mais elle a ses sympathies, ses répulsions, et tôt ou tard devra opter.
Or, cet Esprit, qui influe subtilement sur les tendances de notre temps, est le même qui présidera à l'infiltration des doctrines orientales en Europe et à la désagrégation de son rempart spirituel : le Christianisme. Cette influence est plus sensible il faut le reconnaître, chez les peuples anglo-saxons grâce, d'une part, à leur cérébralité positive dans le concret, nuageuse dans l'abstrait, et d'autre part à leur éducation. De plus, l'Angleterre subit la loi, souvent vérifiée, qui veut que le vaincu absorbe son vainqueur. Elle a conquis l'Inde et celle-ci tend maintenant à la subjuguer intellectuellement. Pour cette dernière, certaines théories sont " articles d'exportation ". Tels ces médecins sceptiques qui, selon la mentalité du malade, lui prescrivent telle cure dont ils se garderaient d'user pour eux-mêmes, les Indous ont adapté à la mentalité anglo-saxonne un néo-buddhisme " ad usum delphini " qui, du moins dans ses formes, n'en choque pas trop les convictions religieuses. Ainsi travaillés, dans le visible et l'invisible, il n'est pas étonnant que leurs concepts s'en ressentent. Pendant ce temps l'Allemagne, cette Inde de l'Europe, se tourne par dépit vers l'Orient fascinateur afin de rompre tout lien spirituel avec ses victimes enfin victorieuses. Cette tendance, en harmonie avec son génie, fut d'ailleurs préparée par Nietzche, Fichte et Schopetlhauer.
Sans discuter la valeur intrinsèque des doctrines auxquelles nous venons de faire allusion, nous essaierons d'en souligner les caractères distinctifs en les comparant à ceux de la doctrine évangélique, examinant ce que chaque initaition expose de plus net sur l'homme et ses relations avec la divinité et la nature. Notre point de vue sera plutôt moral qu'intellectuel, car il nous semble que la Vérité descend d'elle-même dans les coeurs purs. Selon le Nouveau Testament, Dieu, le Père inconcevable, est un principe supra-naturel et supra-substanciel (1), infiniment bon, éternellement indépendant de sa création. Essence de tout amour, de toute puissance, de toute sagesse et de toute vie, son Verbe est l'Efficience dont il est le Principe. Cette puissance du Verbe, qu'il manifeste comme créateur; conservateur et rédempteur, s'est incarnée une fois pour toutes (sur notre terre) il y a deux mille ans, pour frayer à l'humanité déchue un chemin, du relatif à l'Absolu. Il reviendra à l'heure du combat final pour juger le monde et libérer les hommes de bonne volonté, sans avoir à se réincarner ni choisir d'intermédiaire entre sa Divinité et nous. Etant l'amour, l'amour seul l'atteint, étant l'acte permanent, il enseigne l'action et, pour les hommes à la foi agissante, ses mérites infinis comblent le gouffre creusé par l'orgueil-égoïsme, entre eux et lui.
Selon les théories en vogue, le Divin est une auto-création de l'humain, un épanouissement de notre Moi transcendant. Il n'y a pas de Dieu indépendant de son oeuvre qui, des démons aux dewas, provient de la subdivision de l'unité divine (confondue avec la substance universelle, comme le prouve l'alphabet sanskrit), se limitant pour acquérir la connaissance. Nous sommes donc des dieux qui s'ignorent. Ce principe divin se manifeste dans l'homme comme intelligence et non comme amour. Cycliquement, des dieux (hommes évolués) reviennent nous aider... de leurs conseils, car chacun doit se sauver lui-même. Pour nous diviniser, la méditation suffit, l'action est néfaste puisqu'elle engendre du Karma. Les facultés divines sont des abstractions et le summum de l'évolution est un état d'impassibilité absolue : le Nirvana.
Selon l'Evangile, l'homme s'est fourvoyé dans le royaume de Mammon, qui lui a prêté ses facultés naturelles mais en a fait son esclave.
Pour lui échapper, l'homme doit abjurer l'orgueil-égoïsme et le rembourser. Il ne peut le faire qu'avec l'aide du Verbe dont il doit observer le commandement essentiel : l'Amour du prochain. La " Culture ", les entraînements ésotériques, paralysent sa marche, puisque son effort est d'ordre cardiaque et qu'à la fin, il recevra la Connaissance " par surcroît ".
Selon les idées orientales, le désir cause l'hylophilie, (d'où les incarnations et leur conséquence, la douleur. Il faut donc tuer les désirs, même bons, et pratiquer le non-agir pour supprimer le Karma. L'homme localise sa volonté dans l'intellect qu'il développe par une ascèse sévère (" Je suis Cela "). Au sommet, il réalise sa divinité virtuelle et, désormais impassible, se fond dans le Soi universel.
Pour le Christianisme, la nature est finie, la matière temporaire, le mal, accident dû à la créature doit être réparé par elle, et la bonté divine secourt sa faiblesse, dans la mesure où elle le demande.
L'homme, ayant entraîne la création dans sa chute doit maintenant la rétablir dans l'ordre primitif et ce travail gigantesque où l'action prime la contemplation n'est réalisable qu'avec l'aide du Ciel.
Pour les néo-buddhistes, la nature est tout, elle n'a pas été créée, mais évoluée. Elle est l'intégration du divin dont tout être est un sous-multiple. Celui-ci étant informel (arupa), il faut se détacher des formes et considérer comme seule réalité son Moi transcendant. L'objectivité des choses est une faiblesse de l'entendement que corrige la méditation. Celle-ci d'analyse en analyse la ramène au vide primordial et l'illusion (le monde phénoménique) cesse. Seule subsiste dans le vide purifié l'intelligence sans amour du Moi déifié. Telle est, en résumé, cette doctrine négatrice de l'action, engendrant presque fatalement l'orgueil spirituel et enfermant l'homme dans un royaume créé à son image : splendide, mais stérile et glacé (2), auquel manque, selon nous, l'essentiel : la présence ineffable de Celui qui est la Résurrection et la Vie.
(1) Tout ce qui est né, c'est-à-dire a un commencement et une fin, est naturel, selon l'étymologie du mot.
(2) Nous ne discutons pas ici l'intérêt d'une telle doctrine ; tout à sa raison d'être. Mais si elle cadre bien avec la mentalité orientale, nous l'estimons moins adaptée à la nôtre, même revêtue de formes plus ou moins chrétiennes. Chaque race a son initiateur. Le nôtre est Jésus, et les Bouddhas, passés ou futurs, pour respectables qu'ils soient, n'ont ni mission, ni qualité pour paître Ses brebis.
L'humanité dans le prochain
29/08/2012 16:31 par revelation2012
L'humanité dans le prochain
Il est plus aisé d'envoyer « un baiser d'amour au monde entier » que de pousser dans le caniveau la pelure de banane prometteuse de glissades traîtresses pour quelque autrui inconnu. Il m'est plus facile de répéter inlassablement la formule bouddhique : « Paix à tous les êtres », que de m'abstenir de dire quelques vérités bien senties à ma concierge, si elle a omis de glisser une lettre importante sous mon paillasson. Telle vertu sourcilleuse s'échauffe - de loin - pour la Pologne martyre, la Hongrie sous la botte ou les innombrables victimes d'une crue du Yang-tsen-kiang, mais elle n'hésite guère à profiter d'une bousculade pour resquiller une place dans une file d'attente sous la neige ou la pluie, à l'heure où les autobus arborent le fatidique « complet ».
En deux mots, il est plus facile d'aimer l'humanité abstraite que le prochain trop concret.
En ces temps-ci, où les abstractions ont soif du sang de leurs victimes aveugles, il est opportun de rappeler que jamais Jésus ne nous enjoint d'aimer « l'humanité ». L'enseignement le plus spirituel est aussi le plus réaliste : Si tu n'aimes pas ton prochain que tu vois...Oui, tout d'abord, « ton prochain que tu vois ». Non celui des antipodes, moins encore l'abstraction « humanité », mais le monsieur qui vient de marcher sur tes cors en omettant de s'excuser, le quidam qui te crispe avec sa tête à gifles, la postière qui te ferme son guichet au nez pour aller dépanner une collègue qui sèche devant ses mots croisés, et ainsi de suite. Car ce n'est que dans les petites choses qu'on reconnaît les grands sentiments et les vertus profondes. Tel qui s'avère magnanime devant une offense grave peut, un quart d'heure après, ne pas savoir garder la mesure devant une petite indélicatesse ou perdre tout sang-froid devant le « bon mot » qui le ridiculise un tantinet. Ecce homo ! ...
Méfions-nous toujours des grands mots, des slogans, des formules dites « généreuses », mais vides de tout contenu objectif. Au nom de l'humanité
(abstraite), le prochain (concret) ne s'est-il pas fait massacrer, incarcérer, torturer, affamer à des millions d'exemplaires ? Jadis, lorsque l'humanité n'était pas à la mode, les guerres avaient rarement ce caractère implacable, inhumain, universel et monstrueusement impersonnel qui distingue nos « croisades pour le Droit et la Liberté ».
L ' Evangile ne se perd pas en idéologie. Le Sauveur de l'humanité la voit, Lui, comme une réalité concrète et précise. Mais Il sait nos limitations et nous propose de l'aimer que là où notre amour ne risque pas de se dissiper dans le vide. Il ne nous invite à le servir que là où cette action exige un effort pratique et un objectif à notre portée : le prochain ! Le prochain vivant, agissant, souffrant : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous les avez faites ».
Ce que nous pouvons réellement saisir de l'humanité réside dans le prochain, bâti à notre échelle. Et ce prochain est, comme son nom l'indique, proche de nous. Partout où nous faisons l'expérience d'êtres individuels comme nous, responsables comme nous, identifiables comme nous, nous sommes en face du « prochain », tel que le définit l'Evangile. Et, quels que soient ces « prochains » successifs, du pire au meilleur, du plus borné au plus intelligent, du plus sympathique au plus répulsif, sachons qu'ils sont « nous », sous un autre aspect, autant que nous sommes « eux », sous un mode dont nous n'avons pas conscience actuellement, car il n'est sans doute pas, parmi nos milliards de cellules, une seule qui n'ait été animée ou ne doive l'être un jour par quelqu'un de nos frères, ni, parmi leurs milliards de cellules, quelques-unes qui n'aient été ou ne doivent être une fois empruntées et animées par nous.
Une des pires aberrations d'un siècle qui n'en est plus à les compter, c'est de pousser le trop fameux « amour de l'humanité » jusqu'au seuil de réversibilité où il se transforme en haine du prochain qui ne pense pas tout-à-fait comme nous. Intransigeance paradoxale, qui va de pair avec de belles homélies sur la « Liberté », « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », la stigmatisation de la « discrimination raciale » - cette dernière, ô ironie, condamnée le plus énergiquement par les adeptes les plus sectaires d'une « discrimination idéologique » autrement impitoyable !
Ainsi va le monde, livré aux abstracteurs de quintessence ! Ainsi vont les hommes de ce temps, livrés à leurs mauvais bergers pour avoir rejeté ou défiguré l'enseignement de l'unique et légitime Berger !
L'homme est l'homme, c'est entendu ! Mais que les « chrétiens » tombent, eux aussi, dans le panneau de cet humanitarisme sans charité, tout en se croyant dans la ligne droite de leur foi, c'est à croire qu'ils n'ont jamais lu l'Evangile, code suprême de cette foi !
Les temps difficiles
29/08/2012 16:30 par revelation2012
Psyché n° 385 de 1928
La lecture de certains ouvrages se réclamant d'un christianisme soi-disant ésotérique ou d'un néobuddhisme falsifié, comme aussi nos modestes réflexions sur les courants d'idées qui bouleversent notre époque nous ont incité á écrire ces lignes.
Nous tenons à dire, avant tout, que notre intention n'est pas d'ouvrir une polémique qui serait en contradiction avec l'esprit de cette Revue, mais d'essayer de distinguer, en prenant l'Evangile pour critérium, ce qui, en dépit de certaines apparences, est conforme aux enseignements du Christ de ce qui leur est contraire, afin que le lecteur, réfléchissant à son tour, pèse nos arguments, écoute les frémissements de son coeur et, l'Evangile en mains, tire sa conclusion personnelle. Les temps sont durs, de plus durs semblent proches, à chacun de choisir son Maître, car il est dit : " Tu ne serviras pas deux Maîtres ".
Nous rappellerons donc brièvement les caractéristiques de l'esprit du siècle, puis celles de l'esprit chrétien. Laissant au chercheur le soin de les mettre en parallèle, nous essaierons, sans abuser des citations, de différencier certaines théories pseudo-messianiques du Christianisme évangélique, effleurant ainsi le sujet brillant du retour de Jésus.
* * *
" Vous connaîtrez l'arbre à ses fruit ".
Si nous considérons les manifestations de l'activité humaine dans tous les domaines de la vie moderne, nous remarquerons qu'elles ont pour caractère commun l'Esprit de révolte et d'anarchie. Le renversement des valeurs, l'utilitarisme des uns, les rêveries humanitaires des autres, l'indifférence de la masse pour ce qui n'est ni sport ni jouissances immédiates, l'incohérence d'une poésie sans règle et souvent sans âme, sinon sans esprit, l'avortement d'une littérature licencieuse à froid ou donnant sa mesure dans d'innombrables volumes de critique ou d'essais (à défaut des oeuvres hautes et pures qu'elle ne saurait enfanter), une science où champignonnent les théories les plus contradictoires, tout cela sent la décomposition et la mort (1).
Un coup d'oeil sur les convulsions politiques et sociales, renforce cette sensation et, si le présent est sombre, l'on peut appréhender un proche avenir plus ténébreux encore. Ici, on cherche à saper la famille, là, à justifier la négation des plus élémentaires devoirs, ailleurs à fausser le Génie même de la race et son sens religieux. Pendant ce temps, l'olivier de la paix sert d'abri aux vautours préparant les futures hécatombes. La terre, même, s'agite : les catastrophes se succèdent et l'ordre des saisons reflète l'instabilité de l'ordre social. Quel rempart opposer à cette anarchie universelle, à cette ruée d'appétits inférieurs ?
Progrès, justice sociale, humanité, solidarité, autant de termes pompeux, autant d'idoles vaines, au nom desquelles les hommes s'entre-dévorent fraternellement. Quant à l'enfance, espoir de la race, faits divers et statistiques suffiraient à donner aux plus optimistes quelques inquiétudes sur l'an de Grâce 1940.
Si l'un nous oppose que les siècles passés présentent d'aussi sombres tableaux, nous nous permettrons les remarques suivantes :
1) La démoralisation qui sévit jadis, quoi que ininterrompue, n'affecta que les classes dites " supérieures " de la société, ne corrompant que très partiellement la population, surtout celle des campagnes ;
2) Les principes mêmes de l'édifice social ne furent presque jamais reniés publiquement, même par ceux qui les respectaient le moins ;
3) Les bases de la société (autorité paternelle, foi conjugale, respect filial), n'étaient pas, comme de nos jours, ébranlées par les lois et les moeurs.
Aujourd'hui, la contagion a gagné les campagnes jadis saines, comme une autre, plus matérielle, les emprisonne physiquement. D'autre part, les conditions actuelles d'existence dans les villes, le machinisme à outrance, le genre de distractions qu'elles offrent, la surenchère électorale, le goût du confort, le besoin de paraître, le gaspillage et bien d'autres facteurs sont les lents, mais irrésistibles dissolvants du foyer, unité biologique de l'organisme social. Crimes et suicides d'enfants, laisser aller des parents, multiplication des divorces, malthusianisme et prostitution florissante (avec son cortège de misères physiologiques et de tares morales), mépris de la vie humaine et des lois divines, en sont les premières conséquences.
Est-ce notre faute si nos constatations ressemblent étrangement à un réquisitoire ? Anarchie, révolte, violence, jouissance, telles sont les manifestations cardinales de l'Esprit de ce temps. Depuis deux millénaires que s'affrontent christianisme et anti-christianisme, la terre, leur enjeu, est divisée. Depuis vingt siècles, les moeurs, les lois, les institutions ont pu changer, le coeur humain est resté tel ; mais, ce qu'hier contenait seulement en puissance, aujourd'hui le traduit en acte. Aussi assistons-nous au début d'un terrible règlement de comptes.
"La fermentation précède la séparation " disent les hermétistes.
La fermentation est à son comble, deux armées se recrutent, le moment vient où il faudra choisir son Maître et, si nul ne sait l'heure du combat ultime, chacun peut craindre son imminence. C'est pourquoi il est écrit : " Veillez et Priez : " car " Je viendrai comme un voleur ".
L'évangile énumérant les signes auxquels nous reconnaîtrons que les temps sont proches, nous nous excusons de renvoyer le lecteur au texte original en nous interdisant tout commentaires.(2
Nécessité et liberté
29/08/2012 16:27 par revelation2012
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« Cherchez la Vérité et la Vérité vous rendra libres ». Une différence radicale existe entre l'homme et l'animal. Comme l'expose la tradition celtique, « l'homme a été marqué par Gwyon », (l'Esprit divin, analogue au RUaH ALEYM de la Genèse). Or, l'Esprit souffle où il veut. Tel est le fondement de la liberté humaine. L'homme terrestre est donc perfectible alors que l'animal ne l'est pas, car ce dernier est instinctivité pure et celle-ci est nécessité. Le dressage des animaux réputés domestiques n'est pas un signe de perfectibilité. Le chien, par exemple, pour être dressé, subit l'influence de la volonté humaine et ne conserve cet acquis que dans la mesure où il demeure dans le rayonnement de la présence de l'homme. Lorsque l'instinct reprend ses droits, adieu l'éducation ! C'est ce qui se passe chez la chienne à qui la maternité fait perdre son acquis superficiel. En ce cas, l'instinct maternel a réveillé l'instinct tout court et le dressage est à recommencer. L'instinct est donc admirable, comme le serait une mécanique de précision, mais aussi peu perfectible qu'elle. Tout y est nécessaire, tout y est donné à la fois, tout y est ordonné une fois pour toutes. Comme à l'aube des temps la première hirondelle construisit son nid, de même le construira la dernière, ni mieux, ni plus mal, mais identique. L'animal est donc soumis à un déterminisme indéniable. L'homme, s'il y est soumis par son corps et ses facultés naturelles, lui échappe par son esprit. La chute d'Adam a fait de ce libre par essence un être partiellement déterminé. Elle l'a intriqué dans un mécanisme où il n'avait que faire. Aussi, en lui, la racine des actes, (en tant qu'ils dépendent d'une délibération de sa volonté, ce qui est moins commun qu'on ne le pense généralement) est libre ; mais les conséquences de ces actes échappent à son emprise et sont nécessitées par les lois inflexibles du monde dans lequel il s'est fourvoyé. L'homme n'est perfectible que parce qu'il fut parfait, il n'est libérable que parce que la liberté fut son élément. C'est pourquoi les Triades Bardiques nous disent que « l'homme et la liberté naquirent en même temps ».
Le Grand'Œuvre de l'homme est donc de reconquérir sa liberté primitive. À cette conquête ou, plus exactement, à cette résurrection, s'opposent les tendances particularistes du Moi. Ce sont d'elles que résultent et notre impuissance et notre ignorance. Car, contrairement à certaines théories, l'ignorance, loin d'être la cause de notre limitation en est la conséquence. Pour retrouver, donc, cette omniscience, cette omnipotence, cette liberté perdues, il nous faut rechercher les causes de notre déchéance. Elles sont fort simples : égoïsme et orgueil. Elles sont palpables, puisqu'elles nous font trébucher chaque jour... et le mal que nous avons à les combattre nous prouve assez leur importance. Charité et humilité sont donc les seuls remèdes à ce mal et leur exercice est le plus court chemin, le plus normal, le plus universel, pour obtenir connaissance, pouvoirs et liberté. Tel est le chemin que le Christ a frayé et qu'il nous a ensuite enseigné, joignant l'exemple au précepte. Celui qui est la Vérité n'a-t-il pas dit qu'elle seule peut nous rendre libres ? Or la Vérité, c'est la Voie et c'est la Vie, c'est-à-dire l'action. Pour le philosophe, c'est le Verbe, pour nous, c'est le Christ Jésus, notre libérateur.
A. SAVORET. NOTES COMPLÉMENTAIRES
Ce dualisme négligé, on en vient à considérer l'état actuel de l'homme au sein de la nature, comme normal, comme le résultat d'une évolution et non d'une involution. De là à méconnaître totalement son rôle dans la création, le pourquoi de sa venue sur terre, et les principes qui constituent son être réel, il n'y a pas loin. Dans la tradition judéo-chrétienne, au contraire, la chute adamique joue comme élément primordial et, de quelque façon qu'on se représente le péché originel, on en admet la réalité et les conséquences. Le génial rédacteur du Pentateuque, expose, dans la Genèse, le processus par lequel l'homme s'est abandonné à la nécessité instinctive au point d'en subir les lois. Si nous n'avons pas commis d'erreur, Moïse nomme les trois modifications universelles de l'humanité post-édenique ; QaYN, l'Instinct universel, principe de nécessité absolue, dont HéNOK, l'instinct individuel est la réflexion. HaBeL, l'Intelligence universelle, principe de libération et d'expansion harmonieuse. SeTh, l'Animisme universel, principe de nécessité relative, équilibre sympathique, dont ANOSh, l'âme individuelle, constitue la réflexion. QaYN, est la cause de la nécessité ontologique, comme l'expriment avec force les caractères Qof et Nun qui forment son nom. Il régit tout passage de puissance en acte, dans la sphère sensible. HéNOK, sa réflexion en centres instinctifs particuliers, exprime à la fois une faculté et une fonction : la détermination des choses, les choses déterminées elles-mêmes (1). Cet HéNOK engendre : WhYRaD, l'impulsion dominante, le tourbillon caractéristique de la sphère instinctive magistralement analysé par Fabre l'Olivet (2). C'est ce vortex qui provoque les réactions instinctives, les « réflexes ». Ces réactions sont franches chez l'animal ; chez l'homme, un élément hétérogène les modifie. Tout, dans la nature, tend à sa répétition. Tout, dans l'homme, est susceptible de transmutation. Ce tourbillon, envisagé dans l'être en puissance de manifestation, attire sympathiquement les éléments du corps futur qu'il emprunte au milieu où s'opère sa localisation. De là, l'enroulement des facultés animiques obnubilées et leur déroulement progressif, dans la période post-natale. C'est pourquoi WhYRaD produit : MeHUYAcL, la forme animale, l'apparescence physique, laquelle nécessite, en contrepartie : MeThUShAeL, la décomposition de cette forme, lorsque l'énergie intériorisée pour en maintenir l'unité organique étant épuisée, chaque élément retourne au milieu qui l'avait fourni. Nous ne pourrions poursuivre cette analyse sans sortir des bornes que nous nous sommes prescrites. Nous ne sommes d'ailleurs ni théologien, ni métaphysicien, et les conséquences que nous croyons pouvoir tirer de la lecture des idéogrammes bibliques n'engagent que nous. Nous ajouterons pourtant que le fils de Methushael se nomme Lamek, nom qui est celui d'un des fils de Seth, père de Nohé. Ce Lamek représente trois modalités différentes d'un même principe, selon qu'on envisage sa fonction cosmogonique, androgonique, ou sociale. Au sens androgonique, il est la force qui réfrène les effets désastreux de l'impulsion Qaynique : L'Amour Instinctif, comme le Lamek, père de Nohé, représente : l'Amour animique. Or, si les fils d'Adam représentent l'homme de la chute, ceux de Nohé, représentent l'homme de la réascension. C'est pourquoi, la première production d'Adam, tourné vers la matière, est Qayn, le centralisateur, alors que la première production de Nohé, tourné vers l'esprit, est Sem, le glorieux. Mais, de même que ce Sem dont dépend l'oeuvre humaine du salut, ne la réalise que par l'intervention. d'Arpaksad (la Providence médiatrice), qui lui fournit les moyens extra-humains de la parachever, de même, l'homme terrestre ne saurait se réintégrer dans sa félicité primitive, sans l'intervention de cet Arpaksad que nous nommons Jésus. A. S.
(1) Aussi, nous lisons dans la Genèse (IV, 17) : « Et (Qayn) édifia un circuit défensif et l'appela du nom de son fils : Hénok ». La fonction de ce dernier est donc de cloturation, il tisse les éléments du corps ou, plus exactement, en fixe la sphère d'assimilation. Dans une cellule, pour prendre un exemple physique, Il représenterait assez bien l'enveloppe qui la délimite tout en la protégeant contre l'effort assimilatif des autres cellules. La formation étymologique de ce mot est d'ailleurs caractéristique. On peut le rapprocher de l'hébreu anoki (moi-même), du grec ananké, du gallois Ing (limitation), Angen (nécessité), en breton ank. (2) Histoire Philosophique du Genre Humain, Tome 1 (Dissertation Introductive). |
La lumière débrouillant le chaos
29/08/2012 16:26 par revelation2012
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Cette phrase, qui constitue le titre d'un célèbre ouvrage alchimique, pourrait également servir de titre et de résumé à la plupart des cosmogonies antiques. Il est vrai qu'il faudrait s'entendre une bonne fois sur ce qu'est cette « lumière » et sur ce qu'est ce « chaos » qui, sous bien des noms, Bahu, Erebos, Tiamat, figure en tête des chronologies symboliques de la plupart des peuples de l'antiquité. Les symboles cosmogoniques sont intéressants à plus d'un titre, ils valent bien, quoi qu'en pensent les modernes, les créations de nos philosophies actuelles, et sont, en particulier, beaucoup plus proches de la vérité essentielle que les « systèmes du monde » à base plus ou moins scientifique, la science, telle qu'elle est entendue de nos jours, étant le domaine du muable, de l'incertain, du borné. La tradition judéo-chrétienne contient, sans nul doute, l'aspect de l'éternelle vérité le plus accessible à notre entendement. Il n'est donc pas sans intérêt de rechercher à en pénétrer les formes, pour communier avec leur esprit toujours vivant. Nous appuyant sur les travaux de Fabre d'Olivet, sans nous en faire l'esclave aveugle, nous allons essayer de projeter quelques lueurs sur les principes cosmogoniques décrits par Moïse. Sans doute, nous ne dirons pas tout. Nous ne prétendons pas « révéler » des secrets abstrus. Nous ne dirons pas tout, pour trois raisons majeures. La première, c'est que nous ne nous imaginons pas tout savoir ; la seconde, c'est que des principes véritables ne se laissent pas décrire comme des phénomènes ; la troisième, c'est la raison de convenance qui nous ordonne d'éviter le mot propre, lorsque celui-ci est susceptible de mettre sur la voie de certains secrets pratiques, toujours dangereux pour ceux dont les forces morales ou la volonté ne sont pas en rapport avec l'étendue de leur curiosité ; de plus, définir, c'est dogmatiser, et l'allure dogmatique ne nous convient en aucune façon. Ce qui suit doit donc être pris comme les résultats de méditations personnelles, avec toutes les possibilités d'erreur qu'elles comportent. La catégorie de lecteurs que ce genre de recherches intéresse ou passionne, doit s'en souvenir. Si, ici et là, une idée s'accorde avec le résultat de leurs propres recherches, ou confirme quelque intuition encore floue, notre but sera atteint. C'est pour cette catégorie de lecteurs, cheminant sur une des voies qui conduisent à la Voie, que nous voulons rappeler quelques directives générales pour cet ordre de recherches. Tout d'abord, ne pas être trop pressé. Une hâte fébrile mène droit à l'erreur. L'imagination surexcitée peut jouer bien des vilains tours. Ensuite, puisque les livres sacrés contiennent, non seulement une métaphysique, mais aussi une éthique, il est nécessaire, absolument nécessaire, de ne pas faire abstraction de l'une au profit de l'autre ; sinon, le déséquilibre qui en résulterait fausserait irrémédiablement le fonctionnement délicat de la sphère intellectuelle. Se souvenir à propos que l'arc n'est pas fait pour rester tendu, comme l'a dit judicieusement Kong-Tseu. Enfin, ne pas s'imaginer que les vrais secrets se laissent écrire. « Ce que je sais le mieux, je ne le sais que pour moi », disait Goethe ; il avait raison. C'est seulement par l'intuition,que certaines lumières nous deviennent sensibles ; le mental, représentant du Destin dans la sphère intellectuelle, agit comme ce dernier, d'une manière mécanique, poussant rigidement à leurs conséquences logiques, les principes que l'intuition humaine a reçus. Mais il lui est impossible de poser les principes et il ne faut pas lui laisser usurper un rôle qu'il ne peut assumer. La force qui fait croître les plantes n'est pas celle qui les spécifie comme telles. Le vrai chemin, c'est celui de la simplification, de l'unification du moi faire du cœur un miroir tranquille, capable de refléter correctement les clartés d'En-haut. Rien n'est impossible au chercheur vraiment désintéressé, qui se tient dans l'humilité et dans la charité. Si l'on comprend que l'homme ne possède que ce qui lui est donné et qu'il n'est par conséquent qu'un serviteur inutile, l'humilité devient facile. Si l'on se rend compte que l'Amour est la clef des clefs, la charité vraie peut naître. Celui qui saisit la vérité de ce qui précède, et dont la bonne volonté est prête à le traduire dans la grise réalité quotidienne, celui-là ne tardera pas à récolter les fruits de sa persévérance. N'est-il pas écrit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! » L'auteur de La Langue Hébraïque Restituée, pensait que la cosmogonie proprement dite, de Moïse, était renfermée dans les 10 premiers chapitres du Sepher Bereshith ou Genèse, considérant le premier comme le dixième de sa théogonie, et le dixième comme le premier de sa géologie. Moïse ne nous ayant pas laissé sa théogonie, force nous est de situer approximativement le début du Sepher, afin de nous rendre compte s'il y est question de la création primitive ou d'une création secondaire, dont l'intérêt résulte surtout du fait que nous lui appartenons. Nous avons de fortes raisons de pencher pour cette dernière hypothèse, le fait même des ressemblances de cette cosmogonie avec les cosmogonies phénicienne et assyrienne, la notion sans doute implicite, mais nullement explicite de la chute des anges, l'omission, dans le récit de la création, de celle du monde angélique, sont autant de présomptions en sa faveur. C'est dans ce sens que nous interpréterons les paroles de Fabre d'Olivet (Théodoxie Universelle) : « je vous dis que le développement de l'Univers est une résurrection ». Si la cosmogonie se renferme dans la décade sacrée des 10 premiers chapitres du Sepher, il nous est apparu que les 10 premiers versets, décade de cette décade, en renfermaient tous les principes. Que la division en versets, soit ou non due, à Esdras, importe peu. L'important est que cette division s'offre à nous comme intentionnelle. Ces dix versets nous représentent, groupés autour du Principe Central ALEIM (Lui-les-Dieux), 12 principes ou modifications de principes dont voici les noms : ThEUM, MaIM, HOSheK, RUaH-ALEIM, AOR, IOM, LILE, ShaMaIM, RaQIWha, IMIM, IBéShE, AReTs. Il s'en faut de beaucoup que ces principes aient tous la même importance ; certains ne sont qu'un aspect particulier, qu'une certaine phase de développement ou de manifestation des autres ; si le nom de « principes » peut leur être laissé pour la commodité du langage, il ne leur conviendrait pas en stricte justice. Un premier classement s'avère donc nécessaire nous l'établirons comme suit : Principes primaires, relevant de la théogonie ou tout au moins de la primitive création : ALEIM la Divinité conçue à travers l'Angélité,
ThEUM l'Abîme primordial, source passive des RUaH-ALEIM : le Verbe-Lumière, la puissance créatrice du Très-Haut, considérée en soi, comme. Parole de IEVE, ou à travers l'angélité.
Principes sur lesquels va s'exercer l'effort créateur, ou, pour parler comme Fabre d'Olivet, l'œuvre de résurrection : Principes particuliers de la création décrite par Moïse, dans le but de réparer l'état des choses créé par la révolte des anges : AOR : la Lumière verbale, manifestation de RUaH-ALEIM dans cette création particulière. Il est l'Agent exerçant son action sur maïm-hoshek, déjà nommé, c'est-à-dire sur les Eaux enténébrées, va s'opposer comme IOM (jour) à HoSheK, réagissant comme LILE (nuit). De cette lutte vont naître 1° De MaIM (eaux), séparées des ténèbres : ShaMaIM : les eaux spiritualisées, source des existences spirituelles,
IBeShE : l'aridité, origine de :
En principe, ALEIM décréta l'existence potentielle des cieux (ShaMaIM) et de la terre (AReTs) (1). Car ALEIM manifesta sa volonté, disant (4) « Que soit la Lumière ! » Et, déjà, elle était. Cette Lumière, intelligible et non sensible, est l'aspect que prend pour nous le Verbe créateur ; cette lumière intelligible peut se rendre sensible, dans le temps, passant de son immuabilité éternelle à sa manifestation créatrice, (jour), puis se réintégrant ensuite dans son état primitif, une fois les principes décrétés, déposés dans la sphère cosmique. C'est ce mouvement même de la lumière qui détermine les modes de la durée, sans d'ailleurs que son éternité en soit affectée. ALEIM, considérant cette lumière comme bonne, (manifestée en vue du bien), l'opposa aux ténèbres. Son rôle était de changer les ténèbres en les dissolvant, en les illuminant pour les faire participer, de nouveau, à sa propre nature, après les avoir séparées des eaux. Et ALEIM caractérisa la lumière, dans sa manifestation, du nom de jouir, (cycle de réalisation d'un décret divin, manifestation du Verbe cosmique) (5). Ensuite, il caractérisa les ténèbres du nom de nuit (LILE) : manifestation négatrice (6). Ainsi fut, du passé au futur, du début à sa fin (7), le jour premier (première phase de l'œuvre rédemptrice). Puis ALEIM manifesta sa volonté, disant : il y aura un espace raréfié, éthéré, (RaQlWha), dans le centre, (il ne s'agit pas du centre géométrique), des eaux universelles ; et il opéra un mouvement de différenciation hiérarchique au sein des eaux. Et ALEIM effectua l'ipséité de la raréfaction éthérée, afin de différencier les eaux d'après ce moyen terme, ce mouvement s'opéra entre les eaux qui s'alourdissaient, se condensaient, et celles qui s'allégeaient, se dilataient, par rapport à cette raréfaction éthérée. Et ainsi fut. Alors ALEIM caractérisa l'espace éthéré du nom de cieux (8) : eaux glorifiées. Ainsi fut, du commencement à la fin, le second jour (seconde phase de l'œuvre). Manifestant encore sa volonté, ALEIM dit : « une tendance interne et irrésistible poussera vers un lieu déterminé, les eaux inférieures à celles qui constituent les cieux. Ainsi, l'aridité deviendra sensible » (9).
Et ALEIM caractérisa l'aridité (feu interne centralisé) du nom de terre (AReTs), élément compacté (10) ; et le mouvement gravitatif des eaux inférieures, il le caractérisa du nom de mers (IMIM) : manifestation aqueuse universelle (11), enroulements et déroulements fluidiques.
*
Il nous reste peu de choses à ajouter à ce qui précède. Le lecteur pourra tirer ses conclusions sans notre aide, si aide il y a (12). Déjà, dans cette cosmogonie, nous voyons le Verbe, non pas dans sa fonction de Créateur, au sens le plus absolu du mot, mais dans celle de Rédempteur. Sa fonction de Créateur appartient à la Théogonie, dont nous n'avons pas à nous occuper, fort heureusement pour notre vue bornée. Il exerce cette fonction rédemptrice en séparant les eaux des ténèbres, puis en créant un univers Mixte dont ADaM, l'homme universel, doit être le couronnement, Il est bien là, comme le dit Saint Jean, « la Lumière qui cherche à éclairer les ténèbres, mais que les ténèbres cherchent à repousser », car Lucifer préfère régner dans l'ombre que servir dans la lumière. L'exposé de Moïse, quoiqu'il n'y soit pas question directement de la création des anges et de la chute, d'une partie d'entre eux, ne s'éclaire vraiment que si l'on tient compte de ces deux faits. C'est donc avec raison qu'on peut appeler l'œuvre des six jours une « résurrection ». Et c'est le Verbe qui est l'agent de cette résurrection, comme il est celui de la résurrection de l'Adamité déchue.
« Et le Verbe était la vie, et la vie était la lumière des hommes »... On peut rapprocher de cette affirmation de l'apôtre ces paroles du Christ, qui prennent, après ce qui précède, un singulier relief : « Je suis la Résurrection et la Vie »
EssA.
(1) Le verbe BaRA, qu'on a traduit par « créer » n'a pas forcément ce sens. Ici, il exprime une activité transformatrice, opérant sur un élément préexistant. Le signe de toute virtualité interne, B, forme ce verbe, combiné au radical AR, dont nous reparlerons plus loin. |
L'esthétique du verbe
29/08/2012 16:21 par revelation2012
Esthétique du Verbe
I. La Création Esthétique
" La beauté prit naissance en même temps que le ciel et la terre. "
Ong Giao Ki.
Le Verbe est la manifestation de la puissance créatrice de Dieu. Le verbe humain est, de même, créateur, en reflet et en sympathie du Verbe divin, c'est-
à-dire quand il exprime la vérité et selon la mesure où il réalise la Loi de ce Verbe, qui n'est autre que la Loi universelle de la Vie.
La création esthétique réalisée par le verbe humain, le poème, est un être vivant, un petit univers d'idées, de sentiments et de sensations, avec son thème ou soleil central, son rythme vital et son zodiaque expressif et sonore. Tout poète est inspiré, qui composé une oeuvre viable. Mais l'inspirateur peut être céleste ou infernal. Tant vaut l'inspirateur, tant vaut le poème, mais tant vaut l'inspiré, tant vaut l'inspirateur. " Qui se ressemble s'assemble ", dit la sagesse des nations.
Le poème peut être conçu comme une entité réelle, formée d'un esprit, d'une âme et d'un corps. L'esprit, c'est l'essence, l'archétype immuable auquel il se réfère. L'âme, c'est le rythme. Le corps, c'est la forme se déployant dans le temps. Comme l'indique analogiquement la table d'Emeraude, le poète s'élévera de la forme à l'idée qu'elle exprime, de l'image sensorielle á l'âme vivante des choses, et derechef, redescendra de l'idée à la forme, pour manifester l'union du sensible et de l'intelligible, de la pensée et de l'expression, du sentiment et de l'action.
Son rôle est double : rôle passif de récepteur des inspirations (au moyen d'une imagination reflétant purement l'idéal transperçu) ; rôle actif de transmetteur de l'idéal adapté et " humanisé ", pour exciter sympathiquement, chez l'auditeur, le même état d'âme, la même capacité d'impression, la même attitude intérieure.
Alors seulement, la poésie se dévoile incantation, formule magique évocatrice d'un monde infiniment distant, infiniment beau, infiniment oublié, dont le regret pleure à jamais aux plus belles strophes des plus humains poètes.
II. Art et Beauté
"La Poésie est la musique du coeur. "
Ong Giao Ki.
La poésie est la réalisation esthétique du verbe.
L'esthétique est la re-connaissance du beau, hors soi, par le beau, en soi, et leur adaptation par sympathie, dans le champ de la conscience. De cette dualité de termes, il se déduit aisément que l'identification esthétique d'un sujet et d'un objet, est rigoureusement individuelle, et que nul ne peut vibrer à 1’unisson d'une forme du Beau extérieure à lui, s'il ne l'a, au préalable, reconnue et évigilée en lui. Le Beau, est un principe essenfiel, irrationnel ef inanalysable, dont ce que nous nommons beauté est la faculté effective.
Le Beau est la splendeur du réel, la forme du divin, le visage vrai de la Vie, l'archétype de la suprême perfection, qui transparait dans l'expression physique des créatures, dans la mesure où celles-ci l'incarnent. La suprême beauté d'un être réside en son archétype. Tout être, individuel ou collectif, a le sien, qui n'est rien d'autre que sa conception idéale par le Verbe créateur, antérieurement à son existence effective, c'est-à-dire, en tant que principe. C'esf sa forme essentielle, typifiée dans le sein de la vierge cosmique ou de la nature mère, arche des concepts éternels. Ce type initial est le nom " vrai ", de l'être. C'est pourquoi, comme l'affirmaient les
anciens sages, connaître le nom vrai d'un être, c'est posséder le pouvoir de lui commander ef la faculté de le comprendre, quel soit-il.
L'Art, est un écho de ce nom dans la sphère du temps, un reflet de cette vertu dans le plan sentimental, sympathiquement perçu par un des trois centres de l'être, et traduit par celui-ci, après adaptation, selon la norme parficulière de ses moyens d'expression.
C'est ainsi qu'on peut comprendre la définifion de Mallarmé : " L'art est une allusion à la vie ! " ; et celle de Paul Adam : " L'art, c'est d'inscrire un dogme dans un symbole ! ".
III. La Poésie comme Organon
"Le poète chante ses vers spontanément... ensuite, il reconnaît
que tout en eux - son, rythme, mouvement d’ensemble - est juste... "
H. Borel (Wu-Wei).
La plus noble faculté intellectuelle de l’homme, celle d'exprimer ses idées, devait nécessairement enfanter le plus transcendant des arts. On peut le considérer sous un double aspect : Poésie - Musique.
Il est délicat de les démarquer nettement car ils s'interpénètrent, utilisant un élément commun : le Son.
Mais, alors que la poésie emprunte au monde sensible des expressions particulières, qu'elle universalise pour les transposer en mode intelligible, au moyen de la métaphore ; la musique n'exprime que des universaux et nécçssite un commentaire pour être suivie dans ses développements particuliers.
Toutes deux ont aussi ce caractère commun de se déployer dans 1.e Temps, selon les lois secrètes du Nombre, qui déterminent leur rythme vital. Le chant sert de lien mutuel à ces deux modes du verbe, et, à son défaut, la nécessité se fait rapidement sentir, soit de préciser la musique par le développement de l'instrumentation et la polyphonie, soit de " musicaliser " la poésie, pour l'universaliser et multiplier sa valeur expressive, par un choix judicieux de sonorités harmoniques.
L'inconvénient propre du chant, réside dans son caractère mixte, soit que la musique n'y soit pas à la hauteur de l'inspiration poétique, soit qu'une musique élevée y serve de support à d'insipides paroles.
Il n'est donc, le plus souvent, qu'un compromis, raremcnt heureux, entre ce qu'on s’efforce de dire expressément, et ce qu'on tend à suggérer musicallement.
L'inconvénient propre du poème est cette oscillation entre une cristallisation pseudo-classique qui en étouffe l'âme et l'empêche d'étre senti par autre chose en nous que ce qui est froid et sans vie : l'intellect, et une anarchie (baptisée liberté) qui renverse toute valeur, supprime toute règle, s'affranchit de toute discipline et soumet le vaticinant désorbité aux impulsions déréglées d'un subconscient despotique.
Un inconvénient secondaire, c'est que le son suggère souvent, par lui-même, tout autre chose que ce qu'il signifie abstraitement, comme vocable.
Résumons maintenant ce que nous avons cru saisir du processus verbal :
Tout est fait de Verbe et de Substance, tout, même un poème.
Le Verbe possède l'effectivité et enfante la partie intelligible du poème : sa signification.
La Substance possède l'effectualìté, et en enfante la partie sensible : son phonétisme.
L'action du Verbe sur la Substance, c'est-à-dire de la pensée ou de l'émotion sur l'instrumentalité sonique, constitue l'élément positif du poème : son essence ou, si l'on veut, son esprit.
La réaction de la Substance sur le Verbe, en constitue l'élément négatif : sa forme ou, si l'on veut, son corps.
Leur adaptation sympathique, en constitue l'élément médian, réglant leurs rapports mutuels : son âme, ou si l'on préfère, son rythme vital.
Ce procès se déroule dans le Temps. Ce que le Verbe spécifie comme principe (idée – sentiment - sensation), la Substance le développe comme faculté (nom - verbe - relation). Mais à son tour, elle reproduit le Verbe. D'où : le Verbe latent (archétype idéal du poème), et le Verbe formulé (celui-ci exprimé dans un discours quelconque et enveloppé d'un vêtement phonétique).
En soi, la Substance (graphique ou verbale) est obscure. Le Verbe l'illumine, en lui communiquant sa nature intelligible. Toute oeuvre étant l'expression d'une essence intelligible au moyen d'une forme sensible, sa beauté résidera dans la conformité existant entre elle et l'un des archétypes universels, dont elle s'efforce de " sensibiliser " la présence. Cette conformité dépend, chez l'homme, de trois choses :
1° de l'idéal auquel il s’est voué ;
2° de son aptitude à le refléter, plus ou moins fidèlement ;
3° de sa maîtrise des moyens, d'expression ou d'interprétation.
La grandeur de l'idéal servi, est l'Esprit qui scelle les oeuvres, et dont dépend leur caractère divin ou infernal. Il est la source vive de toute inspiration.
L'aptitude à .refléter purement un idéal, dépend du travail de l'artiste sur lui-même : se simplifier, se purifier, devenii un miroir net et plane.
Ces deux conditions donnent le génie pour les réalisateurs et, pour les autres, le sens esthétique.
La maîtrise des moyens d'expression peut s'acquérir par le travail et l'entraînement. En tout, elle confère le talent.
Cette distinction faite, revenons au poème. Celui-ci est composé de mots, devenus par métaphore signes ou symboles. Dans son unité organique, se meuvent d'autres unités, plus élémentaires : phrase, pied, strophe, dominante sonore, etc... L'on peut considèrer chaque mot du poème comme une de ses cellules physiques, chaque quatrain ou sixain, renfermant une idée complète, comme un de ses appareils physiologiques.
Chacun de ces organes, sert de support verbal à une force qui en est la vie animatrice, individualisée et spécifiée dans chaque élément poétique, mais en rapports plus ou moins étroits, avec la vie générale du poème, vie qui en harmonise les parties et dont dépend à la fois l'homogénéité et le rythme.
Cette harmonie fonctionnelle (ce " concours final ", eût dit Wronski) rend les éléments sensibles du poème, participants à la nature verbale, en fonction de la valeur intrinsèque du poète.
IV. L'Instrument Poétique
Le son, nous l'avons vu, se meut dans le Temps, selon un rythme régi par des rapports nécessaires.
Il est instrumentalisé en musique, vocalisé dans le chant, articulé en poésie, ce qui revient à une même chose : L'individualisation sonique.
Le rythme vitalise le poème, il en est la trame, c'est le schéma du mouvement imprimé par l'essence à la forme. Chaque poème possède donc un rythme propre et il serait inexpédient d'astreindre ce mouvement vital à des règles immuables et indifférentes tant au sujet proposé qu'aux moyens utilisés pour le rendre. L'acuité expressive d'un poème, comme son eumulpie, dépendent (au point de vue instrumental) du degré d'appui mutuel que se prêtent :
1° dans l'ordre sensible, la valeur onomatopique des sons ;
2° dans l'ordre intelligible, la valeur métaphorique des expressions.
On peut donc distinguer deux catégories de valeurs poétiques : L'harmonie des sons (ou eumolpie) par laquelle la poésiè se relie à la musique ; l'intelligible des sons, par lequel elle se rattache à la morale, à la psychologie ou à la métaphysique. C'est ici que le poète doit avoir soigneusement étudié son instrument : la parole. Ainsi parmi les voyelles, les unes, comme O, sont brillantes et pleines, les autres, comme U, voilées et sourdes. ll y a là toute une étude nécessaire, tout un clavier que les uns font résonncr d'instinct dont d'autres jouent avec lucidité, et sur lequel beaucoup tapent, hélas, au petit bonheur.
Mais, ici, nous pénétrons dans le domaine particulier de la technique poétique. N'ayant pas à prendre position dans la querelle des Ecoles, nous nous abstiendrons d'aller plus avant. " Tout est dans tout ", dit un vieil axiome. Retrouver quelques analogies entre le Verbe et la parole, dégager quelques principes généraux et en tirer certaines conséquences, tel fut le but que nous avons tenté d'atteindre, en nous inspirant de la lumineuse formule de l'Evangile de ]ean :
" Tout ce qui est, a été fait par le Verbe, et rien de ce qui est n’a été fait sans Lui. "
La réalité psysique à la réalité métaphysique
29/08/2012 16:19 par revelation2012
La postérité d'Adam jusqu'à Noé,
selon les vues de Fabre d'Olivet
Article en avant-propos du chapitre : "Quelques réflexions sur la Genèse de Moïse d’après la traduction de Fabre d’Olivet " de M. Heugel, dans l'ouvrage de cet auteur: En attendant les lis (1946)
Note préliminaire
Je tiens à souligner ici que la présente esquisse répondra strictement à son titre et que je ne chercherai pas à démêler quel sens Moïse attribuait aux personnages symboliques de la Genèse, ni dans quelle mesure Fabre d'Olivet avait pénétré la pensée profonde du grand Législateur des Hébreux. Je m'attacherai donc seulement, tâche suffisamment ardue, à expliciter dans la mesure du possible l’interprétation du théosophe de Ganges, en la dégageant des périphrases dont il l'a enveloppée. Comme les dites périphrases " louvoient " entre les trois sens principaux de chaque vocable, il nous faudra suivre cette marche nécessairement zigzaguante, soulevant le premier voile, écartant le second, mais respectant le troisième. Celui-ci en effet, ne peut être saisi pleinement par l'intellect que si ce dernier est illuminé par l'intuition, non une intuition quelconque, mais la Lumière du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde, encore que tout homme ne soit pas apte à voir le soleil en plein midi !... Pour moi, n'ayant pas la prétention de tout savoir, on me pardonnera facilement si j'affirme, par voie de conséquence, n'avoir pas celle de tout dire.
Si je me permets de commenter Fabre d'Olivet, tout en sentant vivement ma petitesse en face de ce géant de l’intellection, c'est que d’autres l'ont déjà tenté pour leur compte, jetant dans le public des notions que je crois erronées et dénaturant ainsi la pensée de l'auteur. Or, c'est à cette pensée que je veux rendre hommage, dans la petite mesure où je crois l'avoir comprise.
Je viens d'affirmer que cette pensée avait été dénaturée. Un seul exemple : à la suite de Saint-Yves d'Alveydre, Papus, souvent inspiré, puis d’autres compilateurs décrivent Caïn comme étant " le temps centralisateur " et Abel comme " l'espace expansif ". C'est une opinion. Il serait abusif d'en rendre Fabre d'Olivet responsable.
Sa pensée est tout autre. Mais si l'on tenait absolument à voir le temps et l’espace dans les deux premières productions d'Adam, il faudrait de toute nécessité inverser leurs rapports. En effet, dans son Caïn, notre philosophe expose que le temps est justement le moyen employé par la Providence pour remédier aux tristes conséquences de la chute adamique. Et dans la Langue hébraïque restituée, il dit en substance que nous avons la notion sensible, matérielle, de l'espace, alors que nous avons du temps une notion intellectuelle.
Et l'espace, ainsi lié dans son raisonnement à la matière, est visiblement pour lui un élément centralisateur, oppressif, " caïnique ", alors que le temps se relie à l'activité providentielle ou verbale, libératrice et expansive.
Seul, F. Warrain, dans sa Synthèse concrète, sait demeurer dans le droit fil de Fabre. Il ne lui a manqué, pour rendre le présent travail superflu, qu’une base de départ plus assurée. C'est une telle base que je vise à rétablir, que les développements ultérieurs que je me permets de poser soient ou non entièrement fondés. Je dois dire tout de suite que cette base, Fabre d’Olivet en a disséminé les éléments, - avec quel art ! - à travers toute son œuvre. J'espère en fournir quelques exemples.
Injustement calomnié par quelques-uns de ceux qui l'ont démarqué sans l'avoir entièrement compris, camouflé en " suicidé " par ceux qui le firent assassiner, comme il ne serait pas impossible de le prouver, Fabre d'Olivet mérite, je crois, respect et admiration.
Si certaines de ses étymologies, surtout dans le domaine indo-européen, sont sujettes à révision, sa merveilleuse intuition, son instinct divinatoire du vrai, sa méthode transcendante d'exploration du passé demeurent intacts. Sachant ce que peu d’hommes de son époque et de sa race savaient, il ne se laissa pas entraîner par un orgueil quasi légitime, attitude qui contraste avec celle, toute de bluff et de hauteur, de certain geai paré de ses plumes.
Je ne puis terminer ce nécessaire préambule sans redire avec gratitude combien je suis son débiteur dans l'ordre intellectuel. Et c’est pour m'acquitter, bien imparfaitement et bien partiellement de cette dette que je me décide à l'exégèse qui suit si quelques erreurs ou lacunes s'y trouvent, elles m'appartiennent en propre. Je suis persuadé qu'avec l'aide du Ciel, l'intelligence du lecteur y remédiera aisément.
La lignée de Caïn.
Si l'on veut connaître les trois premières productions d'Adam telles que Fabre d'Olivet les entendait, il suffit de se rappeler qu'à l’exemple de nombre d'auteurs traitant de sujets réservés, l'auteur fournit la clé dans un autre ouvrage. Dans le cas qui nous occupe, c’est dans la Dissertation introductive à son Histoire philosophique qu’il convient de la chercher. Les trois éléments développés de la grande Tri-Unité et du grand Quaternaire humain sont l'Instinct , l’Animisme, l'Intellect, tissant, le premier, les éléments du corps, le second, ceux de l'âme, le troisième, ceux de l'esprit. Ces trois éléments, dans l'Homme Universel, Adam, seront donc : l'Instinct universel, l'Animisme universel, l'Intelligence universelle, - ou, nommément Caïn, Seth, Abel. Puisque chute il y a, dans le domaine où aboutit cette chute, c'est l’élément inférieur, instructif, Caïn, qui se montre le premier, comprimant, entravant, supplantant la manifestation des deux autres.
Et voici la " lignée " symbolique de cet Instinct universel, de ce centralisateur puissant, dont les deux pôles complémentaires sont jouir et posséder.
Hénok, c'est évidemment l'activité corporisatrice, la corporéité en général, grossière ou subtile (se reporter à la Dissertation déjà citée).
Cet Hénok fonde une ville, un circuit protecteur, ou plutôt c'est Caïn qui la fonde en lui donnant pour nom celui de son premier fils. C'est qu’il n'y a pas corporéité sans limitation spatiale. Nous avons là les conditions de la vie animalisée ou en voie d'animalisation. Dans une acception, on pourrait dire que Hénok représente, non plus l’Instinct universel, mais sa réflexion, l'Instinct individuel, pris collectivement.
Ainsi naît Whirad, " le tourbillon aveugle et désordonné " de la Sphère instinctive, le bouillonnement des appétits, l'instinct moteur, avec son double critère : posséder – jouir !
Apparait alors Mehuyaël, la plénitude physique, le développement organique. Le tourbillon instinctif a atteint la cadence où son vide va donner l'illusion du plein qui constitue la réalité sensible. (Identiques sont nos " pleins " matériels : des apparences suscitées par des centres énergétiques dont le mouvement est assez rapide pour donner l'impression sensorielle du " continu ".) Le verbe huya préfixé par le préformatif plastique et passif M-, signifie, comme l'indique avec soin Fabre d'Olivet, " annoncer, publier, rendre évident, palpable ".
Mais la contrepartie inévitable de cette prolifération de formes sensibles dominées par l'Instinct aveugle et tumultueux (lequel n’a encore ni l'Intelligence ni l'Animisme pour en régler la marche puisqu'il les a évincés sous les espèces du meurtre d'Abel), c'est leur dissolution inévitable. C'est là l'apparition de Methusaël, la mort-gouffre ! Toutes ces forces désordonnées, anarchisantes, qui veulent vivre égoïstement, chacune pour soi, de la vie de l'instinct, ne
pouvant rien se concéder mutuellement, finissent par s’entre-dévorer et toute l'énergie caïnique ainsi dépensée en manifestation bruyante, ne pouvant s'anéantir au sens strict du mot, va retourner à l’état d'énergie latente, susceptible de se fixer ultérieurement sur un centre d'attraction moins éphémère. Si l'on me passe une image un peu forcée, ce sera le terreau qui ira engraisser la plante séthique.
Car subsiste, perpétuellement agissant, quoique insaisissable, le protéique Lamek....
Ici, il n'est peut-être pas sans intérêt de marquer une pause et de se rappeler que nous n'avons abordé qu'un seul des trois sens principaux de Caïn et de sa lignée et que nous ne lui avons donné qu’un seul de ses trois noms génériques. Un second sens n'est pas trop difficile à entrevoir. Caïn est, par exemple, le principe agglomératif agissant d'un corps céleste (et, analogiquement, d'une cellule, puisque tout est dans tout) non lumineux par lui-même. Je me suis étendu sur cette dernière précision dans un article de la revue Psyché, la Création des Luminaires. Hénok sera, dans ce cas, sphère gravitative ou le centre physique de celle-ci ; Whirad, son mouvement propre révolutif, et ainsi de suite. Il y a naturellement à ceci de multiples adaptations sociales ou individuelles, mais ce sont des adaptations. Rigoureusement parlant, l'homme " social " (ou sociable) est encore dans les limbes !...
Et nous revenons au très mystérieux Lamek, que nous avons fait semblant d'oublier afin de le mieux comprendre. Comme il est aussi simple à nommer que difficile à saisir dans son essence et dans ses opérations, je lui donne tout de suite les principaux noms qui conviennent, y compris ceux qui n'auront de raison d'être que pour le personnage du même nom que nous allons trouver bientôt dans la généalogie de Seth.
Lamek, " le lien qui arrête la dissolution, le flexible nœud des choses ", c'est, si l'on veut, le magnétisme (humain, terrestre, etc.), l’amour (instinctif ou autre, lien des sexes ou des contraires), la religion (au social), comme l'expose clairement notre auteur lui-même si l'on se donne la peine de relire ce qu'il dit des invasions des barbares et de leur christianisation, dans son Histoire philosophique, où il se sert, pertinemment, des mêmes termes par lesquels il caractérise la fonction de Lamek dans sa Langue hébraïque.
Ce Lamek a deux " épouses " ou facultés complémentaires : Whada et Tsila, l'" évidente " et la " voilée ".
Au sens planétaire que nous avons esquissé plus haut, et en nous restreignant à notre globe, Whada, l’Evidente, est la surface de la Terre (ou les forces qui vont y agir ; je préviens qu'il y a ici plus que je ne dis) ; Tsila, la Voilée, ce sont les entrailles du sol et leur géophysique. Au sens adamique ou anthropognosique, l'Evidente est la polarisation sexuelle masculine, tandis que la polarisation féminine est personnifiée par la Voilée.
La famille, la tribu, puis la société découleront plus tard de là, comme Fabre d'Olivet l'expose au commencement de son Histoire philosophique du Genre humain. Eloigné présentement de ma bibliothèque, je m'excuse de ne point produire le texte ou citer la page où notre auteur parle du rôle dévolu à Eros dans les cosmogonies antiques.
Dans son acception géophysique, l’Evidente développe les éléments plus légers de la superficie du globe (eau et air), source de toute fertilité, d'où pourront naître ultérieurement " labourage et pâturage ", culture et élevage, dont les débuts signaleront la fin de la vie purement sauvage et totalement instinctive de l'humanité. La Voilée diffuse la force centrale ou le " mercure des métaux " et préside à la métallisation même, germe de l'industrie et des recherches techniques. C'est là ce Thubal-Caïn, " père des forgerons " et des artisans de l'airain, puis du fer (intentionnellement ou non, la Bible respecte cet ordre, conforme à nos connaissances en préhistoire), dont les travaux étaient liés à ces " mystères " transmis dans les corporations cabiriques par ceux que l’antiquité grecque, pour ne parler que de celle-là, nous fait connaître - assez mal - sous les noms de Telchines et de Dactyles.
Dans le plan adamique, la spécification sexuelle particulière à l’humanité " engendre ", par Whada, Jabal, la transhumance, le nomadisme, la quête amoureuse, la recherche du perfectionnement (le mot propre est facile), et son frère qu'on pourrait qualifier de jumeau, encore que la Bible ne fournisse pas cette précision, Jubal, la musique, les arts, le chant amoureux, la notion du Beau, l'effort perfectif qui, utilitaire chez Jabal, devient désintéressé chez Jubal au moins dans son objet immédiat.
Le rôle de la Voilée, Tsila (ou l'éternel féminin), est instructif : Thubal-Caïn est la diffusion, le délayage des forces instinctives. (Ce nom curieux est formé de ceux de Caïn et d'Abel avec la préformante de réciprocité, th-.) Cette diffusion s'opère de deux façons : au moral, par la réaction opérée par la présence féminine dans les réflexes instinctifs masculins qu'elle modifie en mode involontairement mais nécessairement altruiste ; au matériel, parce que la multiplication des parturitions, donc des psychés instinctivées, diffuse et atténue l'énorme égoïsme instinctif fondamental, tandis cette prolifération, cette subdivision de l'être instinctif en une foule d’émanations individuelles permet à la force contraire, longtemps comprimée par Caïn, Caïn de se détendre, de les baigner et d'en limiter l'activité néfaste, même malgré elles. Là encore, c'est ailleurs, dans son Caïn, que Fabre d'Olivet expose ses vues sur ce point (en note, si mes souvenirs sont exacts).
La " sœur " symbolique de Thubal-Caïn a nom Nawhama, la sociabilité, " le principe de la réunion en société ", comme dit à peu notre auteur, dont la mise en acte dépend, en effet, de la femme, et Fabre consacre un bon chapitre de son Histoire à cette démonstration !
Je n'aurai garde d'omettre, dans ce tableau des bases de la société primitive, le " frère " de Jabal, Maqena : la propriété, l’approbation.
En effet, dès que l’homme exerce son industrie par une activité rurale, pastorale ou autre, la notion de propriété prend corps et pose des problèmes dont la solution orientera dans telle ou telle voie la civilisation naissante.
Inutile d’aborder un plan plus subtil et de savoir ce qu'y peuvent représenter les personnifications que nous venons d'évoquer rapidement. Ce pourrait être présomption de ma part. J'ajoute que je n’ai nulle prétention mystagoqique ou initiatique et que je tiens à laisser ce rôle, périlleux à ceux qui s’estiment qualifiés pour le jouer, que ce soit à tort ou à raison.
Je passe sur le discours transparent de Lamek à ses " épouses ", qui se rapporte aux étapes de la manifestation du sens social dans l'humanité, pour aborder la lignée de Seth, non sans recommander à la sagacité du lecteur bien doué la note de la Langue hébraïque où Fabre d'Oivet rapproche nosha, " épouse ", du nom symbolique que nous allons bientôt rencontrer.
La lignée de Seth.
Si l’Instinct universel, Caïn, fonde la sphère instinctive (Hénok) pour tisser les éléments du corps périssable (Mehuyaël), il est logique de penser que Seth, l'Animisme universel, va travailler d'une façon analogue dans son domaine, selon les lois de sa fonction particulière et les circonstances spéciales que lui impose la manifestation préalable de Caïn.
Enosh, sa première production, sera l'homme corporel, individuel, comme le dit clairement le philosophe de Ganges. Trop clairement même, et ce n'est là que le sens le plus extérieur de ce terme. Car le Hénok de la lignée de Caïn est également, en un certain sens, l’homme corporel ou son armature, mais l'homme corporel qui a développé uniquement et au maximum .ses seules facultés instinctives, sans que la sphère animique existante en germe et la sphère intellectuelle à plus forte raison interviennent. Elles restent à l’état de pures potentialités. J'ajoute que, dans la terminologie de notre auteur, " intellectuel " a un .sens plus vaste et plus haut que le sens usuel, quasi synonyme de " cérébral ".
Enosh est donc l'être individuel complet, l’âme incarnée dans une sphère instinctive développée, dans laquelle, par l'action de l'amour, d’abord bestial, puis progressivement épuré, la sphère animique se développe, s'actualise et tend à reprendre son emprise normal sur l’instinct. En naissant, nous sommes tous de petits Caïns, engoncés dans le pur instinct ; l'amour maternel, pour commencer, puis le reste, diffusent cette " force centrale ", et un temps arrive, dit " âge de raison ", où la force expansive animique devient susceptible de contrebalancer le poids de la concentration caïnique. Cet âge de raison, c'est 7 ans; 21 ans, 49 ans... ou jamais ! C'est un état d'être et non une date d'existence, le point d’équilibre où l’homme devient conscient de ses responsabilités et théoriquement capable d'affirmer sa volonté en modifiant en bien ou en mal sa destinée. Je note que le Destin est, sur le plan cosmique, l'équivalent de l'Instinct sur le plan humain. Toutes ces correspondances et ces généalogies symboliques nous semblent plus faciles à saisir si on les situe sur le schéma de la constitution humaine, éminemment transposable, tel que Fabre le pose dans sa Dissertation introductive.
Ce qui précède, pourquoi le dissimuler? - a un sens plus abstrait encore; ces différents sens s'entrelacent malicieusement sous la plume du maître, et le chemin que je puis. essayer de parcourir à sa suite n'est qu'une série de détours ininterrompus. Seule, je le répète, la Lumière intérieure peut donner la vision unitive et synthétique des réalités vivantes. Ce qu'il est bon de taire (et Fabre d’Olivet n'a pas manqué à cette règle), c'est ce qui pourrait mettre des esprits plus curieux que qualifiés sur la voie de techniques psychurgiques ou hermétiques périlleuses.
Revenons à nos moutons. La production directe d’Enosh est Quïnan, c'est-à-dire un autre Caïn, multiplié en force et en nombre. Il est permis d'y reconnaître la prise de possession, " l'envahissement " par les facultés animiques, de chacune des facultés instinctives correspondantes. Cette transmutation psychique des désirs (et non leur anéantissement) est digne d'intérêt et a pour résultante une autre entité symbolique, Mahallaël, l'exaltation lumineuse. Le feu sombre du désir instinctif est transmué en la chaude lumière du désit animique. Ce mot, avec le préformatif M-, est bien éclairé par les vocables d’hébreu vulgaire construits sur la même racine, hilel, " splendeur, clarté ", nom de l’étoile du Matin (cf. Job), et helul, " exhaltation, glorification, actions de grâce ".
Cette transmutation, ou cette réversion de l'activité d'en bas vers la sphère supérieure, transforme l'activité désordonnée signifiée par Whirad en un mouvement harmonieux et durable, Ired, dont l’aboutissement sera un second Hénok, très différent par nature du premier fils de Caïn. Ce Hénok représente ici, si nous avons bien compris l'auteur, l'initiation effective, la seconde naissance. Un des nombreux sens de ce mot en hébreu est " initier, inculquer, commencer à se servir d'une chose pour la premiére fois " ; le féminin hénoka est la dédicace, l'inauguration, la consécration de quelque chose. Le premier Hénok introduisait, initiait l'être au mode le plus inférieur de son existence. Le second l'instaure dans un monde plus haut, le transplante dans son élément supérieur, et est, cette fois, l’ultime production séthique, comme l'autre était la première production caïnique (car ses deux fils Methusélah et Lamek représentent, le premier, une transition nécessaire, une simple modalité de son action, et, le second, un principe préexistant, déjà connu sous une autre forme). Methusélah, par opposition au Methushaël de la lignée caïnique, est bien la mort qui sert de conclusion à toute activité sensible individuelle, mais une mort qui restitue l'être à l'élément adamique, au monde glorieux et spirituel dont il s'était ségrégé. C'est pourquoi la Genèse mentionne que ce Hénok a cessé d’exister sans cesser d'être.
De cette mort même, laquelle n'est plus un gouffre où tout se dissout, sort un nouveau Lamek, -le même transformé, - un nouveau lien des choses : l'Amour rétablissant la communion entre la créature régénérée et le Verbe divin. Au sens social, ce lien est religion (en donnant à ce terme le sens qu'il avait autrefois), c’est-à-dire le moyen pratique, proposé implicitement à tous, mais utilisé en fait, de loin en loin, par quelques-uns, de réaliser le Grand Œuvre du Phénix.
Nous voici loin de la terre physique. Il nous faut y redescendre, car, en réalité, nous ne le savons que trop, la grande masse des émanations d'Adam n'est pas parvenue à " cesser d'exister sans cesser d'être ". Et cette masse est toujours à sauver. Mais, cette fois, l'Adamité réintégrée ou en voie de réintégration va venir au secours de l'Adamité déchue ou en voie de désintégration. Lamek (l’Amour) va déléguer, pour le salut de la Terre, une triple ambassade, une et triple : Noé (1), délégation locale de l'Adam réintégré (et, par lui, le Verbe rédempteur), Sem, Cham, Japhet (intelligence, instinct, animisme adamiques purifiés). Chacun de ces principes dominera plus spécialement danß une race terrestre, quoique aucune, parce qu'adamique, ne puisse être totalement dépourvue de l’un d'eux.
Dans un sens parallèle au premier, la triade émanée de Noé peut être assimilée à l'esprit, à l'âme et aux forces physiques de 1a Terre (ou plus exactement du binôme Terre-Lune).
Je dois ajouter à ce qui précède que les chapitres suivants vont prendre un caractère mi-symbolique, mi-hystorique, et ne sont pas en entier d'inspiration moïsiaque. Peu importe pour l'instant.
Je crois sage de m'en tenir aux quelques éclaircissements ci-dessus, sans les alourdir de considérations sur des problèmes intéressant la vie posthume et prénatale, par exemple.
Si j'ai pu établir que le meilleur exégète de Fabre d'Olivet était encore cet auteur lui-même, je n'aurai pas perdu mon temps, quelque opinion qu'on puisse professer par ailleurs sur la façon dont j'ai saisi ou non sa pensée véritable.









